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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/313

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par les hommes jeunes, longtemps tenus à l’écart et évincés. Les uns devinrent conseillers d’état, sous-secrétaires d’état, en attendant d’être ministres ; les autres voulurent être et furent conseillers d’université, pairs de France : il y eut une légère curée dans les hauts rangs. Pour M. Magnin, le but, le terme dernier et prochain de son ambition était tout indiqué : c’était de devenir un des conservateurs de la Bibliothèque du roi, où il était employé depuis dix-sept ans et où il avait passé par tous les degrés de la hiérarchie. Il dut attendre encore deux ans avant que cette justice lui fût rendue (1832). Cependant il partageait les vivacités de ce temps, les opinions nettes et tranchées de l’opposition libérale incomplètement satisfaite, et, sa plume se trouvant libre et disponible depuis la dissolution du Globe, il ne se tint pas dans la neutralité ; il entra au National sous Carrel.

Ceux qui n’ont vu M. Magnin que vieux, intimidé, paisible, et qui ne l’ont connu que comme un érudit ingénieux et patient, ne sauraient se faire idée de ce qu’il était alors dans le vif et le dégagé de sa polémique. Elle l’entraînait à traiter des questions pour lesquelles on ne le soupçonnerait pas de s’être tant ému. J’ai sous les yeux et je viens de parcourir la plupart de ses articles au National : l’impression que j’en reçois est bien mélangée. Il y fit des articles sérieux, serrés, parfaitement raisonnés, sur le projet de loi du divorce, qui fut rejeté, comme on sait. M. Magnin était fort favorable au divorce pour des motifs philosophiques qui étonneront ceux qui ne l’ont vu que dans les dernières années, et encore peut-être pour d’autres motifs plus secrets et plus particuliers, qui n’étonneraient personne parmi ceux qui savent les mobiles habituels du cœur humain. Le National, c’est-à-dire Carrel, tenait personnellement aussi pour cette solution et l’appelait de ses vœux. M. Magnin, dans le même journal, fit une guerre qui put paraître un instant vive et piquante, qui (à parler franc) me sembla toujours mesquine, au roi Louis-Philippe au sujet des légers changemens pratiqués dans le jardin des Tuileries. On avait, si l’on s’en souvient, un peu isolé le château et ménagé tout le long un petit jardin, une plate-forme fermée de grilles et de fossés. On ne s’imaginerait pas quels cris et quelles tempêtes cet empiétement souleva alors. On sourit aujourd’hui de voir la vivacité qu’un esprit sage comme M, Magnin mit à cette querelle, à cette vraie chicane. À l’entendre, nul n’avait le droit de toucher au jardin solennel ; ces prétendus embellissemens « déshonoraient l’œuvre de Le Nôtre et usurpaient sur la circulation publique. C’était un devoir de s’opposer à l’arbitraire, même quand il ne s’attaquait qu’aux choses. » Pauvre roi ! il avait tondu de ce jardin la largeur de sa langue, une simple languette, et chacun