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à s’assimiler toutes les idées nouvelles en matière littéraire, et une habileté à les rendre avec autant de vivacité que si de tout temps elles avaient été siennes. Ces divers mérites devaient faire de lui un collaborateur des plus utiles et des plus essentiels dans la combinaison présente. En un mot, il allait mettre des qualités d’écrivain classique au service de la cause romantique.

Ses premiers articles remarqués furent ceux qu’il donna sur Parseval-Grandmaison et sa fastidieuse épopée, sur Luce de Lancival et sa fausse élégance ; il fit apprécier aussitôt les avantages d’un esprit sagement progressif, armé d’une plume excellente, incisive ; dès lors il fut classé et compté parmi les meilleurs sur certains sujets. Non-seulement pour les livres, mais pour les comptes-rendus des pièces de théâtre, des séances de l’Académie, on était sûr d’avoir de lui une critique fine, non pédante, bien informée, où le blâme et l’éloge étaient distribués avec une parfaite mesure. En parlant des auteurs de cette époque intermédiaire, des morts de la veille ou des vivans qui n’en valaient guère mieux, il avait tout ce qu’il fallait pour être juste, tenir la balance, y mettre les deux parts, ne pas tout secouer et rejeter comme on a fait depuis. Dans son recueil en deux volumes, intitulé Causeries et Méditations (pourquoi Méditations ?), il n’a pas assez donné de ces anciens articles de circonstance. Il voulait, dit-on, les unir, les coordonner suivant les matières pour en former un volume nouveau : il aurait mieux fait de suivre simplement l’ordre des dates et de recueillir tout ce qui avait gardé de l’intérêt. Que de choses on aurait vues qui ont été redites depuis par d’autres, et moins bien peut-être ! Scribe, par exemple, était à l’ordre du jour, il y a quelques semaines. La solennité académique l’ayant remis sur le tapis, chacun l’a jugé et rejugé à sa guise, et M. Vitet l’a fait mieux que personne, avec le goût et la supériorité qu’on lui connaît. Eh bien ! il n’y a guère moins de trente-cinq ans, en décembre 1827, à propos du Mariage d’argent, la première grande comédie que Scribe essayait au Théâtre-Français et qui n’y réussit pas, M. Magnin s’exprimait de la sorte :


« Quand M. Scribe a commencé sa carrière, la bonne compagnie était lasse des flonflons de l’empire et des bêtises de Montansier. M. Scribe parut et créa un nouveau genre, la comédie-vaudeville.

« A la même époque, la vraie comédie, glacée par le décorum classique ou mutilée par la censure, ne produisait que des avortons sans vérité et sans intérêt. La comédie, ou du moins ce qui s’en rapprochait le plus, se trouva donc au Gymnase. À chaque nouvelle esquisse dont l’inépuisable vaudevilliste enrichissait la galerie du Théâtre de Madame : Il y a là, s’écriait-on, plus de comique que dans les tristes nouveautés de la rue de Richelieu ! Et l’on avait raison : Que n’a-t-il fait de cela une comédie ! Et l’on