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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/302

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en présence : l’une n’ayant sans doute nul parti-pris d’animosité contre la Russie, mais décidée à reprendre cette question de Pologne dans un intérêt de justice supérieure comme dans l’intérêt de la sécurité durable de l’Europe ; l’autre, vague et impuissante, qui croit répondre à tout en se plaçant en équilibre entre ce qu’elle appelle les témérités et les défaillances, et qui, en remettant tout d’avance à la diplomatie, en se dérobant dans les subterfuges d’une importance affairée, ne cache au fond qu’une pensée d’abandon. C’est la pensée des mouches du coche diplomatique. Je ne dis pas que ce soit celle des puissances de l’Europe. Si elles devaient en rester là, si la question de Pologne n’était pour elles qu’une question d’humanité et d’attendrissement, elles ont trop fait : elles ont fait entendre à la Russie des paroles trop sévères, trop graves, et elles n’auraient réussi qu’à ménager à son orgueil une victoire dont elles paieraient le prix quelque jour dans des occasions moins favorables. Il n’aurait pas fallu dire au cabinet de Pétersbourg que sa politique risquait de créer une situation pénible, lui laisser entrevoir des conséquences, qui ont un nom, si déguisé qu’il soit sous les formes de la diplomatie. Il n’aurait pas fallu, comme l’a fait l’Angleterre, tant insister sur la vanité de ses garanties et les déceptions permanentes de son système. C’était trop pour s’arrêter. Si la pensée de l’Europe, de la France, est de résoudre cette grande et tragique question par une justice tardive rendue à l’indépendance d’un peuple, il n’y a pas trop d’illusions à garder sur ce que peut la diplomatie, quelque bonne volonté qu’elle ait de croire à ses œuvres et à la possibilité des transactions ; seulement il ne faudrait pas attendre pour refaire une Pologne qu’il n’y eût plus de Polonais vivans !


CHARLES DE MAZADE.