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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/300

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trop évidente pour le moment d’une résurrection nationale spontanée se disputant sans secours à trois dominations, il se dit qu’il y a du moins peut-être une chance dans cette bonne volonté d’un prince qui aime la justice, qui nourrit même pour la Russie l’ambition d’une politique réparatrice. Il attend sans illusion et sans découragement ; il se prête aux temporisations, aux négociations et aux essais, et lorsqu’après une métamorphose européenne accomplie dans le sang cette bonne volonté d’un empereur de Russie paraît vouloir se traduire en action, il est le premier à prendre au sérieux cette tentative. L’un et l’autre, l’empereur russe et le patriote polonais, sont évidemment sincères dans leur alliance ; l’amitié qui les lie est un moyen de plus de succès. Ils sont l’expression vivante de ce système de relations entre deux pays qui s’est appelé l’union personnelle. Bien mieux, au moment où cette tentative se fait, les conditions sont moins défavorables qu’elles ne l’ont jamais été depuis. Les haines n’ont pas eu le temps de s’exaspérer, les incompatibilités ne sont pas devenues aussi éclatantes, les impossibilités aussi absolues. Or, ce que l’empereur Alexandre Ier et le prince Adam Czartoryski n’ont pu faire avec leur bonne volonté dans des conditions plus favorables, espère-t-on le faire aujourd’hui par je ne sais quel rapprochement impossible, ou au nom de l’Europe, après quarante ans de luttes, de persécutions inouïes, d’exaspérations, d’essais inutiles, de déceptions renouvelées qui n’ont fait que mettre en lumière en l’aggravant cette question douloureuse pour la rejeter sanglante à la face du monde ?

Toutes ces solutions par voie d’arrangement direct ou de garantie diplomatique qui se sont appelées de tous les noms, autonomie, union personnelle, séparation administrative, toutes ces solutions, dont on peut rassembler les élémens en les combinant d’une autre façon, ont été essayées ; on a cru les avoir, elles n’ont point réussi. Et lorsque la France, par l’organe de M. Drouyn de Lhuys, dit à la Russie : « Ce qui caractérise les agitations de la Pologne, ce qui en fait la gravité exceptionnelle, c’est qu’elles ne sont pas le résultat d’une crise passagère ; ces convulsions, devenues périodiques, sont le symptôme d’un mal invétéré : elles attestent l’impuissance des combinaisons imaginées jusqu’ici pour réconcilier la Pologne avec la situation qui lui a été faite ; » — lorsque l’Angleterre, par la voix de lord John Russell, dit, pour montrer l’insuffisance des institutions et des lois récentes dont la Russie promet le maintien : « Il est évident qu’on ne pourrait obtenir aucune sécurité en se soumettant encore aux mêmes lois ; quand ces institutions sont en pleine force, on peut emprisonner comme des criminels des hommes innocens ou