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« 1° La puissance dont j’ai voulu parler, et qui veut se charger de la régénération de la Pologne, est la Russie.

« 2° Par cette régénération, j’entends parler de la réunion de tout ce qui a fait autrefois la Pologne, en y comprenant les provinces russes, à l’exception de la Russie-Blanche, de manière à prendre la Dwina, la Bérézina et le Dnieper pour frontières.

« 3° Les employés du gouvernement, les autorités constituées, de même que l’armée, doivent être entièrement nationaux polonais.

« 4° Ne me rappelant pas bien la constitution du 3 de mai (1791), je ne puis rien décider avant de l’avoir vue, et je vous prie de me l’envoyer ; — dans tous les cas, une constitution libérale telle à contenter les désirs des habitans est offerte.

« 5° Pour convaincre de la sincérité des offres que je fais, les proclamations sur le rétablissement de la Pologne doivent précéder toute chose, et c’est par cette œuvre que l’exécution du plan doit commencer.

« Mais les conditions sine qua non sous lesquelles j’offre ces résultats sont que :

« 1° Le royaume de Pologne soit à jamais réuni à la Russie, dont le souverain portera dorénavant le titre d’empereur de Russie et de roi de Pologne.

« 2° Une assurance formelle et positive d’une unanimité de dispositions et de sentimens dans les habitans du duché pour produire ce résultat, qui doit m’être garantie par la signature des individus les plus marquans.

« Maintenant je vais essayer de diminuer vos craintes sur l’insuffisance des moyens militaires à mettre en action.

« L’armée qui doit appuyer et combattre avec les Polonais est tout organisée.

« Deux difficultés se présentent les premières :

« 1° La réunion de la Galicie en offre une par rapport à l’Autriche. Il y a toute nécessité de la ménager et d’éviter de la heurter en rien. Pour cet effet, je suis décidé à lui offrir la Valachie et la Moldavie jusqu’au Sereth comme échange de la Galicie ; mais il serait indispensable de reculer la réunion de la Galicie jusqu’au consentement de l’Autriche, pour lui prouver qu’on n’a aucunes vues qui lui soient défavorables. Par conséquent le royaume de Pologne serait formé dans le commencement du duché de Varsovie et des provinces russes.

« 2° La compensation à accorder au roi de Saxe offre une seconde difficulté dont j’ai plus d’embarras à me tirer. Au reste je ne me crois tenu à le faire que s’il se range de mon parti.

« Après avoir posé les faits, je vais entrer en discussion de mon sujet.

« Il est hors de doute que Napoléon tâche de provoquer la Russie à une rupture avec lui, espérant que je ferai la faute d’être l’agresseur. Cela en serait une dans les circonstances actuelles, et je suis décidé à ne pas la commettre. — Mais tout change de face, si les Polonais veulent se réunir à moi. Renforcé par les 50,000 hommes que je leur devrais, par les 50,000 Prussiens qui alors peuvent sans risque s’y joindre de même, et par la révolution