Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/283

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Jamais le moment n’y a été plus propre ; mais avant d’aller plus loin je voudrais que vous me répondiez point par point et avec le plus grand détail aux questions que je crois devoir faire préalablement avant que de procéder à l’exécution de mon plan.

« Avez-vous des données assez justes sur la disposition d’esprit des habitans du duché de Varsovie, et en ce cas pouvez-vous être fondé à croire que les Varsoviens saisiront avec avidité toute certitude (non pas probabilité, mais certitude) de leur régénération ?

« La saisiront-ils, de quelque part qu’elle leur vienne, et se joindront-ils à toute puissance indistinctement qui voudrait épouser leurs intérêts sincèrement et avec attachement ? Il s’entend de soi-même que la proclamation de leur restauration précédera leur jonction, et prouvera la sincérité de la conduite qu’on adopte à leur égard.

« Ou bien avez-vous plutôt raison de supposer qu’il existe différens partis, et que d’après cela on ne peut pas compter sur un accord de résolution pour saisir avec empressement la première occasion qu’on leur offrira pour la régénération de la Pologne ?

« Quels sont ces partis ? Sont-ils d’une importance égale, et quels sont les individus qui peuvent en être regardés comme les chefs ? Ces partis existent-ils aussi dans l’armée, ou doit-on la regarder comme plus unie d’opinions et de sentimens ?

« Quel est l’individu entre les militaires qui dirige le plus l’opinion de l’armée ?

« Ce sont là les questions les plus importantes que je croie devoir faire pour le moment. Aussitôt que j’aurai les réponses, je m’ouvrirai davantage avec vous. Quant à cette lettre, si vous imaginez qu’elle est écrite dans l’intention d’influer sur les esprits et d’être répandue sous main, vous manquerez complètement le but que je me propose, et le secret le plus impénétrable doit être observé sur son contenu. Je crois connaître assez vos sentimens pour moi pour pouvoir me reposer avec confiance sur votre prudence. Au reste, l’objet dont il s’agit doit vous intéresser trop pour que je ne sois pas sûr du soin que vous mettrez à ne pas gâter un ouvrage auquel votre patrie devra sa régénération, l’Europe sa délivrance, et vous personnellement la gloire et la jouissance d’y avoir coopéré, d’avoir prouvé par là que toute votre conduite personnelle a été conséquente, et que ceux des vôtres qui ont compté sur vous anciennement ne se sont pas trompés dans leur attente. Si vous me secondez et que les notions que vous me communiquerez soient de nature à me faire espérer une unanimité d’intention de la part des Varsoviens, surtout de l’armée, pour leur restauration, n’importe d’où elle leur vienne, dans ce cas le succès n’est pas douteux avec l’aide de Dieu, car il est basé non sur un espoir de contre-balancer les talens de Napoléon, mais uniquement sur le manque de forces dans lequel il se trouvera, joint à l’exaspération générale des esprits dans toute l’Allemagne contre lui…

« Voilà ce que j’ai à vous dire ; méditez-en toute l’importance avec calme. Un moment pareil ne se présente qu’une fois. Toute autre combinaison n’amènera qu’une guerre interminable et à mort entre la Russie et la France,