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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/234

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de l’œuf d’un chien ? Le philanthrope, le saint doivent-ils renoncer à mener une noble vie parce que l’étude la plus superficielle de la nature humaine y révèle, dans ses profondeurs, les passions égoïstes et les féroces appétits du dernier quadrupède ? L’amour maternel est-il vil parce qu’une poule en fait preuve, la fidélité parce que le chien la possède ?

« Le bon sens de la masse de l’humanité répondra à ces questions sans un moment d’hésitation. Les penseurs, une fois arrachés aux influences du préjugé et de la tradition, verront dans la bassesse de notre origine là meilleure preuve de la splendeur de nos capacités, et nos progrès dans le passé nous garantiront ceux d’un plus noble avenir. »


Le ton véhément de cette défense montre jusqu’à quel point M. Huxley a la conscience que son livre soulève par beaucoup de côtés les instinctives protestations de l’esprit. On nous fait toucher du doigt les analogies de structure entre l’homme et les brutes ; mais ce je ne sais quoi dont on parle, et qui, en dépit de tant de ressemblances, doit expliquer le contraste entre l’intelligence et l’instinct, entre la liberté et l’obéissance à des lois permanentes, on ne peut nous le montrer ; on en parle avec révérence, sans pouvoir en déterminer ni l’origine, ni la nature, ni l’action. Il n’est donc pas surprenant que certains naturalistes, au lieu de se confier à des forces inconnues, essaient de retrouver dans notre organisation même les marques de notre noblesse. Peut-être, comme le dit M. Huxley, se montrent-ils en cela moins spiritualistes que leurs adversaires ; mais leur spiritualisme est en quelque sorte plus tangible, par cela même qu’il se tient plus rapproché de la nature humaine et parle un langage que nous sommes plus aptes à comprendre. Il est un autre spiritualisme qui embrasse l’ensemble des choses créées, qui ne voit dans les métamorphoses de la nature inorganique et de la nature organisée que les développemens d’une grande pensée, les actes successifs d’une même volonté. Du fond de l’infini, du haut de l’absolu, il contemple le monde avec un sentiment d’admiration profonde et s’incline avec révérence devant le plus obscur de ses phénomènes. Il cherche en toute chose éphémère l’éternel, dans toute chose éternelle le changement. Il tient la pensée balancée, comme dans une mutation perpétuelle, entre deux abîmes. L’espèce humaine a eu, personne n’en doute, une origine matérielle : elle est sortie par des évolutions plus ou moins longues du sein même de la nature, comme chaque jour encore les embryons sortent des œufs. Notre race a de plus une origine divine, car les idées dont elle est la représentation et le dépositaire font partie de l’intelligence universelle. Il n’est aucune partie de la création ou cette intelligence n’éclate ; seulement la langue de la nature n’est pas toujours compréhensible : certains êtres ne nous apparaissent