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verticale et par la forme de la région occipitale. Certains anatomistes seraient disposés à y voir la preuve de l’existence d’une race intermédiaire entre les hommes actuels et les grands singes anthropoïdes ; mais l’examen d’une tête unique ne peut, ce semble, servir de base à une théorie de ce genre : il faudrait posséder des séries nombreuses de têtes, suivre les dégradations de forme depuis les belles lignes du type caucasique jusqu’aux contours où s’imprime la trace d’une complète bestialité. Les crânes ont leurs monstruosités individuelles ; souvent la maladie les altère, et certains sauvages les déforment eux-mêmes chez leurs enfans. Il ne faudrait donc point tirer d’un cas isolé des conclusions trop absolues ; néanmoins on ne peut se refuser à considérer le crâne du Neanderthal comme un des monumens les plus précieux des âges passés. Il n’est pas étonnant que le crâne d’Engis se rapproche de la forme caucasique, puisqu’on a trouvé avec lui des ossemens de renne, et que l’ère du renne se rattache d’assez près à la période de la pierre polie. Quant au crâne du Neanderthal, il y a lieu de croire qu’il lui est bien antérieur ; mais, comme on ne l’a trouvé associé à aucun reste fossile, son âge demeure encore incertain.

L’étude de la faune des cavernes peut-elle nous donner l’assurance que l’homme a vraiment été le contemporain des grands animaux parmi les os desquels se retrouvent, avec ses propres ossemens, les débris de sa primitive industrie ? Peut-on croire que l’homme ait choisi pour sa demeure les fétides repaires des hyènes, des tigres et des ours ? Les dépôts des cavernes n’ont-ils jamais été remaniés par les eaux sorties des fissures de leur toit ? Ces remaniemens n’ont-ils pu avoir lieu à de très grandes profondeurs avant le dépôt des stalagmites, qui servent en quelque sorte de linceul aux ossemens semés dans les limons ? La découverte de l’homme fossile ne repose en résumé que sur des preuves qui ne sont pas encore universellement admises ; les seuls monumens de l’âge lointain auquel on fait remonter l’origine de notre espèce sont jusqu’ici les crânes d’Engis et du Neanderthal, quelques ossemens humains, ces milliers de silex retrouvés dans les vallées et les cavernes, quelques ossemens d’animaux façonnés par la main humaine. Le gisement de ces objets est malheureusement tel qu’on n’en peut fixer l’âge géologique avec une sécurité et une précision absolues. L’avenir dissipera sans doute ces incertitudes : qui sait si l’on n’extraira pas quelque jour des restes humains d’un terrain antérieur même au terrain diluvien ? Du temps de Cuvier, on n’avait pas encore rencontré de singes fossiles ; on en connaît aujourd’hui onze espèces : deux dans l’Amérique du Sud, trois en Asie, six en Europe. M. Albert Gaudry, dans les fouilles qu’il a fait exécuter à Pikermi, en Grèce, a trouvé jusqu’à vingt têtes de singes. Il a pu reconstituer