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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/154

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les arbres, on conçoit qu’ils ne puissent résister longtemps à ce dur métier. Moins meurtrière que la poussière d’acier, celle du grès n’en occasionne pas moins dans les poumons une irritation dangereuse : de plus elle dessèche le gosier, et c’est là peut-être son effet le plus funeste, car elle provoque ainsi l’ouvrier à boire d’une manière immodérée. Il est à croire cependant qu’avec des précautions suffisantes, des soins hygiéniques convenables et des habitudes de tempérance rigoureuses, les carriers pourraient se soustraire au danger dont ils sont menacés, et prolonger leur vie bien au-delà du terme fatal ; mais il semble que ce soit là trop exiger d’eux, car si quelques-uns s’imaginent de bonne foi que l’usage des spiritueux doit les préserver de cette terrible maladie, le plus grand nombre au contraire n’embrassent leur métier que pour satisfaire leur goût pour l’ivrognerie. Ceux-là savent ce qui les attend, et, célibataires pour la plupart, ils redoutent peu la mort, n’ayant rien qui les attache à la vie. Les maîtres sont en général plus sobres ; aussi trouve-t-on parmi eux quelques vieillards, ce qui est rare chez les ouvriers. Ce n’est pas sans un serrement de cœur qu’on voit ces jeunes gens, aujourd’hui forts et bien portans, procéder avec autant d’insouciance et de sang-froid à leur long suicide. Où trouver le remède à cette situation ? A coup sûr, ce n’est pas dans la réglementation. On ne peut guère l’attendre que de la moralisation de ces malheureux, auxquels le sentiment des devoirs personnels fait encore trop souvent défaut. L’emploi des machines, s’il était possible, serait cependant un remède radical, car celles-ci, affranchissant l’homme de la partie la plus pénible de sa tâche, chasseraient des carrières un grand nombre d’ouvriers, et les forceraient à demander leurs moyens de subsistance à des occupations moins meurtrières.

Indépendamment de ses pierres, la forêt de Fontainebleau a pendant fort longtemps fourni une assez grande quantité de sable pour la fabrication des glaces et des porcelaines [1]. On en expédiait jusqu’en Belgique et en Angleterre ; mais depuis quelques années ces carrières ont été abandonnées, le sable des environs de Nemours, à 4 ou 5 kilomètres au sud de la forêt, étant de meilleure qualité et d’Une extraction plus facile.

  1. On obtient les verres et glaces en fondant ensemble dans un creuset du sable, du sulfate de soude, de la chaux et du charbon ; la pâte obtenue est ensuite coulée ou soufflée. Le cristal se compose de sable, de minium et de carbonate de potasse. La qualité des produits dépend surtout de la pureté du sable.