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sanctuaires de la Grèce, dans les hypogées de l’Égypte, dans les soutras, du bouddhisme et même dans les leçons d’un Confucius ; ceux-là pour nier ou pour atténuer autant que possible la valeur de ces rapprochemens souvent un peu forcés. Peines inutiles ! la gloire du christianisme, c’est d’avoir fait une gerbe éblouissante des lueurs disséminées, inaperçues, qui serpentaient au fond des traditions antiques, c’est d’être la religion des religions, et toute sa défense contre le judaïsme et le paganisme devrait se réduire à ceci, que ce qui est divin dans ces deux grandes formes religieuses est précisément ce qui s’y trouve de chrétien.

Quel sera en lui-même ce principe du christianisme, universaliste, contenant en germe ou pouvant attirer à lui les élémens religieux les plus purs de la conscience humaine ? Déjà nous pouvons poser en fait qu’il doit se trouver dans l’homme lui-même, par cela seul qu’il est homme, abstraction faite de la race, de la nationalité, du rite, de la tradition ambiante ; mais c’est ici qu’il faut consulter les documens historiques où l’on peut étudier l’œuvre et la personne de son fondateur, c’est ici que se présente la question des Évangiles.

C’est aussi le point où la critique de Tubingue tranche, si j’ose ainsi parler, en pleine chair. Elle commence par éliminer, en tant que source historique, le quatrième évangile, celui qui est attribué à l’apôtre Jean et qui débute par la fameuse théorie du Verbe divin devenant homme en Jésus-Christ, après avoir pénétré la nature et la conscience. Elle prétend que la notion métaphysique du Verbe n’a pu être appliquée à la personne humaine du Christ qu’après un long temps de réflexion philosophique et religieuse, qu’une pareille théorie est inimaginable dans la pensée de l’humble pêcheur de Bethsaïda, qui avait senti battre le cœur humain du maître lors du souper funèbre, et que la transfiguration de l’histoire du Christ sous l’influence de ce dogme théologique est trop visible pour qu’on cherche, dans l’évangile qui en provient, une image authentique et réelle du Christ historique. De plus cet évangile, par sa manière de parler du judaïsme et de la loi, est d’un siècle en avant des controverses contemporaines des apôtres. Restent donc les trois premiers, respectivement attribués à Matthieu, Marc et Luc. Ceux-ci portent à un bien plus haut degré la marque de la réalité. Lors même que la légende pieuse vient souvent s’y mêler à l’histoire, c’est bien là le Christ populaire, tel qu’il apparut aux Juifs de Galilée, doux et vaillant, mélancolique et ardent, semblable à nous en toute chose, sauf qu’il ne péchait pas ; mais toutes les parties de ces évangiles ne présentent pas le même degré d’originalité. En les comparant, on peut arriver au tuf primitif, au-dessous duquel il n’y a plus à descendre. L’évangile de Luc a une couleur paulinienne très prononcée,