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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/120

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passage de Constantin au christianisme aura consacré le triomphe de l’église, la même méthode philosophique servira à démêler, dans la nature de cette victoire, au fond partielle, les germes d’une nouvelle série d’oppositions dans laquelle le principe chrétien originel déploiera successivement l’inépuisable richesse de son contenu. En un mot, la théorie de Tubingue est le premier grand essai d’une philosophie de l’histoire de l’église.

Nous venons d’indiquer l’idée qui domine les recherches de l’école ; il reste maintenant à voir comment les théologiens de Tubingue l’ont appliquée à l’œuvre proprement dite du Christ, aux controverses de la génération apostolique et à la formation de l’unité catholique primitive.


II

Il s’agit avant tout de préciser nettement le point de départ et le principe essentiel du christianisme.

Son origine est nationale et personnelle : il est né au sein du peuple juif et dans la conscience vraiment divine de celui en qui s’est accompli le meilleur de la loi et des prophètes ; mais par son principe il ne tardera pas à rencontrer une opposition aussi violente de la part des Juifs que de la part des païens, et c’est à son caractère foncièrement universaliste qu’il devra cet antagonisme. Non-seulement il est monothéiste, par cela même anti-païen, mais encore il prétend s’élever au-dessus de la nationalité, ce principe suprême de l’ancien monde, qui ne soupçonna jamais ce que nous entendons par l’humanité, et, pour réaliser sa prétention, il viendra se heurter contre son propre berceau, où l’on considère la religion comme identique avec la patrie. Permis au païen d’embrasser la religion des Juifs, mais il ne le peut pas sans se faire en même temps naturaliser Juif.

Le principe essentiel du christianisme doit donc avoir été tel que l’universalisme religieux absolu en soit la conséquence immédiate, Autrement ses luttes des premiers jours seraient incompréhensibles. Et comme dans toute antithèse marchant vers sa solution il y a des moyens termes qui amènent et expliquent la conciliation des principes opposés, comme c’est l’universalisme qui a vaincu, il faut chercher dans l’état général des esprits aux premiers siècles de notre ère les aspirations et les tendances qui, sans supprimer encore les élémens hostiles, favorisaient d’avance l’éclosion d’une religion universaliste au sein de l’humanité.

Depuis longtemps déjà, ceux même qui pensent que la religion chrétienne est une intercalation miraculeuse dans le développement