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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/102

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au même titre que le taïkoun. Originairement les daïmios étaient des gouverneurs ou des préfets que le mikado envoyait dans les différentes provinces pour en être les administrateurs responsables. Leur puissance, dans ces positions, a fini par grandir de telle sorte que leur maître n’a plus eu sur eux une autorité suffisante pour les destituer, et que la dignité préfectorale est devenue héréditaire dans leurs familles. À partir de cette époque, ils ont considéré les provinces qu’ils gouvernaient comme leur propriété, et ont conquis une situation tout à fait indépendante vis-à-vis du mikado. Ils ont guerroyé les uns contre les autres pour étendre leurs principautés ; souvent aussi plusieurs d’entre eux se sont unis afin de résister aux tentatives réitérées du mikado pour les réduire à l’obéissance. De longues et sanglantes guerres civiles ont alors désolé le Japon. De ces guerres est née la puissance des chiogouns, généraux que le mikado avait l’habitude d’employer contre ses sujets révoltes. Les chiogouns, abusant à leur tour du pouvoir dont ils étaient investis, manquèrent à cette fidélité qui les caractérisait depuis plusieurs générations, et firent la guerre pour leur propre compte au lieu de la faire au bénéfice de leur maître. C’est ce qu’avait fait Taïkbsama, le prédécesseur de Hieas.

Hieas, qui parvint à la dignité du taïkounat en 1598, sortait d’une nouvelle famille de préfets. Son père avait été gouverneur de Mikana, et lui-même administrait cette petite principauté lorsque le chiogoun Taïkosama le nomma tuteur de son fils. À cette occasion, Hieas avait obtenu l’administration de cinq autres provinces, dont Taïkosama venait de chasser les anciens préfets au nom du mikado. Il se trouvait ainsi maître de six provinces, mais il ne tenait du mikado, par son père, que la principauté de Mikana ; cette principauté était de fort peu d’importance, et donnait à son gouverneur une position très inférieure à celle des daïmios qui occupaient de grandes provinces comme celles de Kanga, de Satzouma, de Fosokava. Les daïmios refusèrent de voir dans Hieas leur égal ; à leurs yeux, la puissance réelle que lui donnaient les cinq provinces reçues de Taïkosama n’ajoutait rien à sa dignité. En effet, malgré leurs fréquentes rébellions contre le mikado, ils prétendaient n’avoir jamais méconnu ses droits légitimes. Au nombre de ces droits, l’un des plus importans, selon eux, était celui de donner l’investiture des fiefs, et, s’ils avaient combattu le mikado, ils l’avaient fait légalement, pour soutenir leurs propres droits à la possession permanente des fiefs dont ils avaient été investis. Or Hieas, qui tenait la plus grande partie de sa puissance, non pas du mikado, mais du chiogoun, n’était à leurs yeux qu’un noble de fraîche date, prince seulement de Mikana, et ils ne pouvaient en aucune manière le regarder comme leur égal,