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morceau d’un style charmant, mélodique et doucement religieux, qui a été monté avec beaucoup d’ensemble. Un air juif, Tu autem, arrangé par Marcello pour un accompagnement de deux violoncelles, a été chanté ensuite par M. Marochetti. Cet air, d’un grand style, a précédé un chœur religieux, Tantum ergo, du compositeur russe Bortnianski, qui a été le réformateur de la chapelle impériale de Saint-Pétersbourg. Il est mort en 1825. Ce chœur, d’une grande originalité, a été rendu avec précision, et a fait place à un joli duo bien connu de Haendel, Che vai pensando, qu’une femme du monde, Mme la baronne de F…, et M. Bussine ont dit avec assurance. Ce morceau élégant, ce charmant badinage, aurait produit un meilleur effet encore, si le mouvement avait été mené plus vivement. Après un Domine, fragment tiré d’un psaume de Marcello, on a exécuté une chanson française d’Orlando Lasso, les Vendanges, chœur sans accompagnement très curieux et très agréable. Par la vivacité du rhythme, par la prédominance du genre syllabique et par une tendance sensible à la modulation, on trouve dans cette chanson du contemporain de Palestrina comme un pressentiment de l’effet dramatique. Un fragment du Paulus, oratorio de Mendelssohn, a terminé la première partie de ce riche programme. La seconde parole de Jésus-Christ sur la croix, de Haydn, chœur et orchestre, a ouvert la seconde partie. Les soli ont été chantés avec soin par Mme la comtesse O… de F…, Mlle Bernard des Portes et MM. Hayet et Lenoble. Cette composition de Haydn est d’un style pieux, tendre, pénétrant, et bien supérieure à la musique violente et trop dramatique du Christ au mont des Oliviers, de Beethoven. Après cette page émouvante, qui a produit un très heureux effet, Mme H… et M. Brésil ont chanté un duo de Marcello, — Quemadmodum, — d’une mélodie douce, et puis est venu un Sicut servus, chœur sans accompagnement de Palestrina, hymne d’une sérénité sublime qui a été chantée avec un ensemble parfait. On ne pouvait pas choisir une inspiration plus opposée à celle de Palestrina que le Gaudeamus, chœur à quatre voix de Carissimi, qui a rempli le cinquième numéro de la seconde partie du programme. Cette composition curieuse est une prière gaie, ce sont des gens de bonne humeur qui célèbrent une fête de l’église comme ils célébreraient une fête de famille, et qui chantent avec entrain : Gaudeamus, gaudeamus,… in hœc sacra solemnitatem. Ces paroles sont traduites par un rhythme presque dansant et sont dialoguées par les quatre voix, qui ne se réunissent qu’à la fin de cette espèce de prologue. Un adagio de quelques mesures, où les quatre voix chantent : O Maria ! Maria ! précède un mouvement plus vif que le premier et par lequel sont exprimées, en style fugué, ces paroles liturgiques : Vive, vive in œternum, ô beatissima Maria ! C’est extrêmement curieux et plaisant, et ce morceau comme celui de Mozart et la messe comique de Haydn, dont j’ai parlé plus haut, prouvent qu’on peut tout exprimer en musique, même avec des moyens aussi simples que ceux qu’emploie Carissimi, et que les Italiens aiment à rire jusque dans le sanctuaire. Pourquoi donc l’expression de la