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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/999

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droit populaire résultant de la volonté apparente des populations. L’on ne saurait évidemment espérer qu’elle laisse mettre ces droits en question, et qu’elle puisse les abdiquer, même partiellement, devant une conférence européenne. D’ailleurs le cabinet anglais ne peut se méprendre sur les dispositions qui animent les autres puissances. Il n’ignore pas ; que la Russie serait favorable au gouvernement français, que l’Autriche veut rester à l’écart, et tient jusqu’à l’affectation à ne se mêler de rien, qu’en Prusse le prudent M. de Schleinitz, dont l’existence ministérielle a été tout récemment menacée par des conseillers plus hardis, a fait triompher dans l’esprit du princer-régent sa politique circonspecte, et que la Prusse enfin, placée entre ses affections anglaises et sa vieille intimité russe, cédera toujours plus volontiers aux conseils de la Russie qu’à ceux de l’Angleterre. Ainsi, dans cette question suisse, le cabinet anglais est distancé par les faits ; il est exposé à voir la majorité tourner contre lui dans une conférence, et il ne pourrait poursuivre la réunion d’une telle conférence dans un esprit d’antagonisme contre le gouvernement français sans aller au-devant d’extrémités auxquelles répugne sa politique générale, et qui ne seraient point proportionnées aux intérêts anglais engagés dans une question déflorée d’ailleurs par le fait accompli. Des mouvemens stériles et un échec presque certain, voilà ce que serait pour l’Angleterre une lutte d’influence engagée contre nous à propos de la question suisse : de grands intérêts lui recommandent au contraire une transaction opportune. N’y a-t-il pas à préparer l’exécution du traité de commerce, où les principes seuls de la réciprocité ont été posés ? Ne faut-il pas traiter en bonne intelligence l’organisation du tarif douanier qui doit consacrer l’application de ces principes ? Enfin le vote de la motion de M. Lindsay, à la suite duquel le gouvernement anglais a pris vis-à-vis de la chambre des communes l’engagement de négocier avec la France pour obtenir l’abolition des droits différentiels de navigation que nous appliquons dans nos ports aux navires anglais, ce vote n’impose-t-il pas à l’Angleterre l’obligation de conserver avec nous de bons rapports ? Si la France étendait à la marine marchande le principe de la liberté commerciale, ne serait-ce point pour l’Angleterre, une précieuse compensation aux blessures diplomatiques qu’elle a reçues dans ces derniers mois ?

Des considérations analogues doivent agir sur l’esprit de la Suisse. Nous n’avons, quant à nous, nulle envie de prendre part à la controverse à laquelle les prétentions de la Suisse sur les provinces neutralisées de la Savoie ont donné lieu. L’opinion que nous avons exprimée sur l’annexion de la Savoie nous dispense, croyons-nous, de discuter les dispositions du traité de i56û et du traité de Vienne. Nous comprenons l’ardeur que les Suisses ont montrée dans la défense de leurs intérêts. Nous ne sommes pas de ceux qui ne voudraient pas permettre à un petit peuple d’être fier, à un peuple libre d’être ombrageux. Nous ne pourrions pas garder notre sérieux, si nous Français, qui avons réclamé la Savoie et Nice au nom de notre sécurité stratégique,