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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/971

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chaume ; tous deux étaient entourés d’une de ces arcades à toit plat, une de ces verandahs qu’on retrouve partout où l’intensité du soleil est à craindre. Les murs, en brique, n’avaient qu’un pied et demi d’épaisseur. Devant la façade s’étendait un grand terrain destiné aux jeux des convalescens [cricket-ground), terrain bordé à gauche, et en retour sur la face opposée, par des casernes en construction, mais non achevées. En arrière s’élevait une église (Saint-John’s-Church). En avant et à droite, on rencontrait la caserne et l’école de cavalerie des dragons ; plus à droite encore, deux routes bordées de maisons, et, par-delà ces maisons, le fleuve, dont le « retranchement » se trouvait ainsi tout à fait séparé. Ce « retranchement, » — c’est à dessein que nous ne lui donnons pas d’autre nom, — consistait en un simple fossé dont la terre avait été rejetée à l’extérieur de manière à former, tant bien que mal, un grossier parapet. Ce parapet pouvait bien avoir cinq pieds de haut ; mais vers sa crête, graduellement amincie, il n’offrait aux boulets qu’un obstacle dérisoire, et les larges embrasures pratiquées pour les canons laissaient les servans à peu près découverts. Ni les hommes dans la tranchée, ni les bâtimens eux-mêmes ne se trouvaient réellement protégés.

Le commerce florissant de Cawnpore avait attiré dans cette ville maint négociant européen. Les soldats et sous-officiers du 32e régiment de ligne (anglais), cantonnés pour le moment à Lucknow, avaient laissé là, comme en dépôt, leurs femmes et leurs enfans. Lors donc que, le 21 mai, averti que le 2e régiment de cavalerie se disposait à l’insurrection, sir Hugh Wheeler fit enjoindre aux résidens européens de venir, avant la fin du jour, s’abriter dans l’asile qu’il leur préparait depuis le 15, la population mélangée qui s’entassa derrière ces faibles remparts, — employés civils, ingénieurs du canal et du chemin de fer, négocians, etc., — ne comptait pas moins de sept ou huit cents âmes, dont trois cent trente femmes ou enfans. La première nuit passée dans l’enceinte du « retranchement, » — nuit d’angoisses, de terreurs vagues, de malaise moral et physique auquel on n’était pas encore fait, — a été racontée avec plus de détails et dans des termes plus pathétiques encore que toutes les horreurs qui suivirent. Une vive alerte fut donnée aux dames, qui venaient à peine d’arriver et commençaient leur installation de nuit, par l’apparition d’une bande de soldats indiens qui venaient prendre les ordres de sir H. Wheeler : c’étaient deux cents Mahrattes envoyés par Nana-Sahib.

Depuis quelque temps déjà, Dhondoopunt Nanajee, se disant rajah de Bithoor, était entré en négociations suivies avec le collecteur du revenu, M. Hillersdon, et lui avait proposé son aide pour le cas où les cipayes (dont il raillait volontiers les manies superstitieuses) viendraient