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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/96

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Vincent II embrassa avec joie une proposition qui assurait la couronne ducale à sa nièce bien-aimée ; il déclara le duc de Nevers son héritier et son successeur, bénit de son lit de mort le mariage de sa nièce et du jeune duc, et expira quelques heures après, le 26 décembre 1627. Le lendemain, Charles de Gonzague était proclamé duc de Mantoue et de Montferrat ; lui-même, quelques jours après, arrivait dans ses états et en prenait possession sans la moindre difficulté. Ainsi s’ouvrait l’année 1628.

Charles de Gonzague était d’une des plus vieilles, des plus illustres familles de l’Italie ; il venait de faire épouser à son fils une princesse italienne. Sans doute il devait beaucoup à la France : il y laissait des biens considérables, avec un trésor tout autrement précieux, trois filles admirables, l’une déjà engagée dans l’état religieux et abbesse d’Avenai ; la seconde, la belle Marie, si vivement recherchée par Monsieur et qui devint reine de Pologne ; la troisième, cette fameuse Anne de Gonzague, princesse palatine, que Retz et Bossuet ont immortalisée ; mais les intérêts que Charles de Gonzague conservait en France s’accordaient merveilleusement avec les intérêts et les devoirs d’un prince italien. La France en effet n’avait qu’une prétention au-delà des Alpes, et cette prétention était une des espérances de l’Italie : ne pas souffrir que la branche de la maison d’Autriche qui régnait en Espagne, tandis que l’autre occupait le trône impérial, déjà maîtresse de la Sardaigne et de la Sicile, de Naples et du Milanais, fît de nouvelles conquêtes et dominât dans la péninsule. Le pape était alors le vrai représentant de l’Italie. Seul il était désintéressé. Urbain VIII ne songeait point à étendre le territoire pontifical. Son unique pensée, digne du père de la chrétienté, était la paix, et, autant qu’il serait en lui, la diminution du joug étranger. Aussi, avec la république de Venise, il était l’allié et l’ami de la France, et à part le bon droit de Charles de Gonzague, il repoussait à Mantoue un serviteur de l’Espagne. Mais il y avait un personnage qui nourrissait de bien autres desseins : c’était le duc de Savoie. Charles-Emmanuel Ier n’était pas un enfant de l’Italie. Sorti des montagnes de la Savoie, à cheval sur les Alpes, ni Français ni Italien, brave et ambitieux, il ne connaissait qu’un intérêt, celui de sa maison, et ne poursuivait qu’un seul but, l’agrandissement de ses états. Étouffant dans des limites trop étroites, il aspirait à prendre son essor et à s’étendre aux dépens de qui que ce fût [1]. Pendant

  1. Tous les historiens sont unanimes à représenter comme nous le faisons le caractère de Charles-Emmanuel. Récemment encore un historien piémontais, M. Carutti, bien qu’enflammé par un patriotisme auquel nous applaudissons, après avoir célébré en Charles-Emmanuel Ier le vaillant soldat, le politique audacieux et fertile en expédiens, termine ainsi son portrait : « Queste rare doti furono offese da troppa versatilité di voleri, e da soverchia fidanza in se stesso… La prudonza non fù in lui sempre pari all’ardire ; per quelle sue perpétue guerre toccò il Piemontc l’ estremo della miseria. » — Storia del Regno di Vittorio-Amedeo II, scritta da Domenico Carutti, Torino 1856, p. 5.