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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/927

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abris, soumettre à d’autres conditions le choix des positions à défendre ; mais tout compensé, l’extension du tir nous paraît plus favorable que nuisible à la défense. Ce serait là un résultat auquel il faudrait applaudir, car tandis que l’attaque est souvent l’œuvre de la violence, la défense représente presque toujours les intérêts conservateurs, la stabilité, la résistance à d’injustes conquêtes.


IV

Après avoir montré où en est au XIXe siècle la construction des armes portatives et des bouches à feu, il- nous reste à parler des moyens qui s’offrent d’utiliser la force expansive de la poudre sans recourir à l’intervention d’une bouche à feu. Les gaz, en s’échappant à flots pressés du tube qui recelait la poudre, exercent, on le sait, une égale pression sur le boulet qu’ils projettent et sur la pièce d’où ils s’échappent : c’est même ce qui oblige à donner au canon un poids considérable pour en modérer le recul ; sans cette précaution, il serait chassé au loin dans l’espace. Si donc la poudre était placée dans un tube léger, ouvert à une extrémité seulement, tant que durerait la fuite du gaz, le tube serait, entraîné dans une direction opposée. Tel est le principe du mouvement des fusées de nos feux d’artifice, composées d’une cartouche de carton ou de gros papier remplie de poudre, et d’une baguette directrice. La poudre est réduite pour cet usage en une pâte compacte qui brûle par couches successives, afin d’éviter l’explosion de la cartouche, suite d’une combustion trop vive. La baguette agit à la manière du gouvernail d’un navire, et oblige la fusée à marcher à peu près dans le sens de sa longueur. Cet effet n’est pas très régulier, comme il est facile de le reconnaître, tant à cause de la forme que de la position des baguettes sur le côté de la cartouche, ce qui rend la fusée non symétrique.

Souvent on a dû penser à employer à la guerre des agens de cette sorte, d’une puissance plus considérable, soit pour en faire des armes offensives, soit pour en utiliser les propriétés incendiaires. Les premiers essais sérieux toutefois ne remontent pas au-delà du commencement de ce siècle, et ils sont dus au général anglais Congreve, qui espérait ainsi débarrasser les armées du lourd et encombrant matériel qu’elles traînent à leur suite. Le nom de Congreve a même été à une époque d’engouement attaché aux fusées de guerre dont on racontait avec complaisance les merveilleux exploits ; mais il a plus tard chèrement expié cet honneur. Par un sentiment bien naturel, ce général avait réservé à sa patrie les dispositions qu’il jugeait convenable d’adopter pour la confection des fusées de guerre, et comme partout on voulait contrôler les effets qu’il avait obtenus, il