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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/914

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il peut s’arc-bouter, et l’on a dû admettre deux séries d’ailettes, l’une vers le milieu, l’autre à la partie postérieure du projectile. La suppression assez complète du vent et rallongement de portée obtenu dans les canons rayés permettent de réduire notablement les charges. Au lieu du tiers ou du quart, elles ne sont plus que le dixième du poids du boulet. La pièce et l’affût, allégés déjà lors de l’adoption du canon-obusier, sont donc susceptibles d’une nouvelle diminution de poids. En même temps, l’augmentation du poids du boulet a conduit à tenter l’emploi de canons répondant à l’ancien calibre de 4, abandonné comme trop peu efficace, ce qui donne des bouches à feu presque lilliputiennes. Beaucoup de ces pièces nouvelles ont servi pendant la campagne d’Italie, la portée et la justesse du tir les ont rendues redoutables à l’ennemi, qui, n’en possédant pas de semblables, était atteint sans avoir les moyens de répondre à leur feu. Quelquefois même les boulets ont été chercher des réserves qui se croyaient parfaitement abritées, et que la distance ne permettait point à nos canonniers d’apercevoir, car une portée de 4,000 mètres n’a pas paru fatiguer les affûts. C’est ainsi qu’à la bataille de Solferino ont été décimées les troupes laissées sur les bords du Mincio à la garde des sacs des combattans. Ces petites pièces sont assez légères pour être traînées par deux chevaux. Au besoin même, s’il se présente un pas difficile à franchir, les servans les enlèvent des affûts et transportent le tout à bras jusqu’au-delà de l’obstacle, manœuvre dont l’utilité s’est fait sentir plusieurs fois pendant la campagne. La mobilité de l’artillerie semble ainsi poussée à ses dernières limites.

La transformation de l’artillerie légère, telle que nous venons de l’exposer, peut aussi être appliquée aux calibres plus forts, et elle permettra sans nul doute de constituer des parcs de siège avec les anciens canons de 12 du matériel de campagne ; on peut douter cependant que ces canons de 12 ainsi transformés puissent remplacer ceux de 24, aujourd’hui en usage, avec une supériorité égale à celle du nouveau canon de campagne sur l’ancien. La raison en est simple et frappante. S’il s’agit d’atteindre des hommes, de renverser les obstacles toujours médiocres que rencontre une armée en marche, l’effet du boulet est toujours suffisant, la justesse et la portée sont les principales conditions à remplir, et par conséquent l’obus de 4 kilogrammes de la pièce légère l’emporte sur les boulets de 8 livres de l’ancien canon ; mais dans un siège la lutte, de si loin qu’on l’entreprenne, ne devient jamais sérieuse qu’à une courte distance : il faut s’approcher beaucoup pour voir et pour détruire les défenses de la place ; alors l’effet se mesure non-seulement par la masse des projectiles, mais surtout, dans quelques circonstances, par la vitesse dont ils sont susceptible : , et qu’il importe de ne pas trop diminuer.