Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/911

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à réduire à une seule pièce les deux canons et les deux obusiers en usage dans l’artillerie de campagne. On s’appuyait à la fois pour cela sur des considérations théoriques et sur des faits d’expérience.

Si l’on augmente la vitesse d’un projectile, avons-nous dit, la résistance de l’air s’accroît dans une proportion beaucoup plus rapide. En voici un exemple. Le boulet de 12, avec une charge du tiers de son poids, sort de la bouche à feu animé d’une vitesse qui, si elle restait constante, lui ferait parcourir 490 mètres par seconde ; à 50 mètres du canon, cette vitesse n’est plus que de 462 mètres, précisément celle qui aurait été imprimée par une charge du quart du poids du projectile. N’est-il pas avantageux de réduire dans cette proportion la quantité de poudre, ce qui ne supprimerait que les 50 premiers mètres parcourus par le boulet ? La portée serait diminuée d’une quantité insignifiante, et outre l’économie qui en résulte (un demi-kilogramme à chaque coup), la pièce n’aurait à supporter qu’un effort beaucoup moindre, ce qui permettrait d’affaiblir l’épaisseur du métal et d’alléger l’affût. Diverses considérations conduisaient à supposer qu’il serait possible de donner aux pièces de 12 ainsi allégées à peu près le poids et les dimensions extérieures des canons de 8. Cela était très important, car en les mettant sur les affûts de ces derniers, on pouvait utiliser un matériel existant et fort considérable. Par une rencontre fortuite, l’âme des canons de 12 a presque exactement 12 centimètres ; c’est le calibre d’obusiers fort légers, imaginés pour satisfaire aux exigences de la guerre d’Afrique et construits de manière à être démontés très vite et chargés sur des mulets de bât. Ces obusiers de montagne suivaient les colonnes les plus lestes, mais ils ne pouvaient recevoir qu’une très faible charge, et les obus avaient par suite peu de portée et de justesse. En introduisant ces obus dans une bouche à feu plus résistante, capable de recevoir une plus forte charge, on pouvait espérer qu’ils donneraient de meilleurs résultats. La pièce allégée devenait alors un véritable canon-obusier, envoyant à volonté à l’ennemi des projectiles pleins ou creux, ou même de la mitraille. À l’appui de la transformation proposée, il était possible de citer l’allégement opéré dans quelques bouches à feu des artilleries étrangères. Des expériences furent faites sur une grande échelle dans plusieurs polygones. Le canon-obusier se montra supérieur comme tir à toutes les pièces anciennes, excepté au canon de 12, dont il différait fort peu, et sur lequel il avait l’avantage de la légèreté. L’artillerie ne l’adopta pas cependant sans quelque hésitation, car les tirs des écoles ne donnent souvent qu’une image très imparfaite de ce qui se passe à la guerre. Beaucoup d’officiers regrettaient l’abandon de pièces plus puissantes, telles que le canon de 12 et l’obusier de 16 centimètres,