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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/899

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remparts de Babylone, dut faire place enfin à une science nouvelle.

Les bouches à feu ne se bornèrent point à agir contre les masses inertes des châteaux-forts ; elles marchèrent aussi, dans les campagnes, à la suite des armées, et malgré la difficulté singulière de remuer des masses si lourdes et si peu maniables, elles servirent plus d’une fois à contenir la fougue des chevaliers bardés de fer. Pour plusieurs raisons, l’emploi qu’on en a fait à la bataille de Crécy est contesté, car il s’en fallait beaucoup à cette époque qu’un canon pût suivre tous les mouvemens des troupes ; néanmoins ce fait n’est pas hors de toute vraisemblance, puisqu’à Crécy il s’agissait de la défense d’une position. Non-seulement on ignorait l’art tout moderne de proportionner le calibre des pièces à l’usage duquel on les destine, mais un accessoire indispensable du canon, son support, l’affût pour lui donner son véritable nom, était encore dans l’enfance. Il ne faut pas un grand effort d’attention pour s’apercevoir qu’un canon ne saurait être posé sur le sol, dont la moindre inégalité suffirait pour arrêter les projectiles, et que si on l’élève sur des chantiers, l’effet du recul le renversera au premier coup. L’expérience la plus légère démontre la nécessité d’un appareil plus stable, muni de roues pour servir aux transports, sur lequel le canon ne soit pas fixé d’une manière invariable, afin de pouvoir en modifier la direction, si d’aventure elle ne se trouvait pas convenable. Des nombreux systèmes essayés pour obtenir ce résultat, deux seulement se sont conservés jusqu’à nos jours, après avoir subi de nombreuses modifications. La pièce peut être placée sur un tronçon d’arbre, dont une extrémité repose sur le sol, dont l’autre est supportée par un essieu ; deux plateaux ou flasques la maintiennent latéralement et reçoivent les tourillons : c’est le système dit à flèche, du nom de la pièce principale. La bouche à feu peut encore être encastrée entre deux grandes flasques qui portent directement sur l’essieu et sur le sol, et que des entretoises rendent solidaires ; les pièces latérales supportent alors tout l’effort du tir, et l’affût est dit à flasques. Ces deux systèmes ont été successivement préférés l’un à l’autre, suivant les perfectionnemens qu’ils ont reçus ; c’est une fastidieuse question de vis et de chevilles, d’écrous et de boulons, mais elle a une grande importance pratique, car de là surtout dépendent la rapidité et la sûreté de l’emploi de l’artillerie.

Lorsque Charles VIII conduisit en Italie cette armée dont la belle ordonnance frappait d’admiration l’esprit observateur de Machiavel, il traînait à sa suite un véritable parc d’artillerie, ce qui n’était arrivé encore à aucun général. On possède peu de renseignemens sur l’organisation de ce matériel, composé surtout de pièces de bronze ; on ignore aussi comment était formé l’approvisionnement en munitions,