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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/885

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large réduction partielle de ces taxes serait le plus efficace des encouragemens.

Les subsistances se trouvent d’ailleurs renchéries par des causes qui échappent à toute législation : un plus grand nombre de navires sur rade à approvisionner, une plus abondante consommation dans la classe des affranchis, l’élévation plus nominale que réelle qui provient de la moindre valeur de l’argent par l’abondance des capitaux, l’accroissement de population par l’excédant des naissances sur les décès, enfin et surtout l’immigration asiatique, qui a changé radicalement les habitudes antérieures. Autrefois toute la population esclave employait ses journées libres à la culture du manioc et de ses autres vivres ; la loi l’exigeait, et les maîtres y veillaient. Ceux-ci faisaient d’ailleurs de la vente des alimens au marché une spéculation qui se traduisait en beaux bénéfices que rapportaient fidèlement des serviteurs honnêtes. Autres serviteurs, autres mœurs ! Les coolies asiatiques veulent être nourris avec du riz de l’Inde ; ils sont trop suspects pour qu’on leur confie la tenue du bazar, ils coûtent trop cher pour qu’on ne leur demande pas le travail le plus lucratif. En de telles conditions, le jardin et la basse-cour ont dû être négligés dans les habitations, et toutes les forces ont été reportées sur la canne à sucre ; les jours qu’elle ne prend pas suffisent à peine à la culture des fourrages et des racines nécessaires aux nombreux bestiaux employés aux charrois. Nous ne connaissons qu’une large liberté de commerce extérieur qui puisse parer aux nécessités nouvelles de la situation, et elle y suffirait pleinement, comme l’expérience l’a montré à Maurice au plus fort de la guerre de l’Inde.

À La Réunion, on a eu aussi recours à la liberté commerciale, mais temporairement et à contre-cœur, sous le coup d’une panique. Alors on a autorisé l’introduction des denrées alimentaires, même par navires étrangers, sous dispense de tout ou partie des taxes ordinaires ; une prime a même été accordée pour l’importation des riz de Madagascar. Sans recourir à des faveurs trop exceptionnelles et trop onéreuses pour devenir permanentes, que le régime des libres approvisionnemens devienne la règle commerciale de la colonie, et des centaines de navires, pareils à des ponts mobiles, prolongeront le territoire de la colonie vers le Cap, Madagascar, l’Inde, l’Australie. Alors on ne perdra pas son temps et son influence à recommander aux colons des cultures qu’ils ont raison de dédaigner quand elles cessent d’être lucratives, et l’on ne songera pas à les leur imposer de force. Si elles offrent quelque avantage, le besoin intérieur, la liberté d’exportation toujours maintenue, seront de suffisans aiguillons. Avec les conditions normales de toute société reparaîtra une sécurité en vain demandée à des combinaisons factices.