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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/877

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en 1858. Les désordres atmosphériques en ont été la cause principale. Le cafier, qui a besoin de chaleur humide, redoute les rayons directs du soleil et la sécheresse de la terre : aussi le plante-t-on à l’abri d’autres arbres parmi lesquels les girofliers, productifs eux-mêmes, avaient été choisis. La plupart de ces derniers furent renversés par le terrible ouragan de 1829, qui découvrit ainsi et ravagea les cafiers eux-mêmes. Les coups de vent qui se succédèrent les années suivantes, et surtout l’affreuse tempête du 1er mars 1850, renouvelèrent les désastres, si bien que l’exportation de 1851 tomba à 69,000 kilogrammes. Par une fatale coïncidence, un autre arbre qui partageait le rôle tutélaire du giroflier, le bois noir (imbricaria petiolaris), dépérissait sous les ravages d’une maladie mystérieuse, tout en offrant dans ses débris un engrais précieux pour la canne à sucre. À ces échecs multipliés, au découragement général qui s’ensuivit, on opposa pourtant quelques efforts courageux. En 1842, par ordre de M. de Hell, gouverneur d’alors, M. Jehenne, officier de marine, fut envoyé dans l’Yémen pour régénérer l’espèce moka par des graines prises à la source même ; à la variété de provenance arabe on en adjoignit trois ou quatre autres : le café Leroy, le café myrte, le café marron ou sauvage, indigène de l’île, autant de sortes dont les qualités diverses répondent à la diversité des goûts et des terroirs. La préparation a inspiré aussi quelques nouveautés. Un colon, M. Frappier, a imaginé un procédé de décortication qui élève la valeur de la graine tout en réduisant la dépense. Peu à peu la culture se relève, et en 1856 elle couvrait encore 2,400 hectares. Banni de la zone inférieure par la canne, le cafier se réfugie dans les hauteurs, où il trouve d’ailleurs sous de plus frais abris une température plus modérée et plus humide. On voit des plantations jusqu’à 800 et 900 mètres d’altitude.

La vanille, qui figure depuis quelques années à peine sur les tableaux du commerce de La Réunion, y dispute déjà le second rang au café ; elle partage l’approvisionnement de la métropole avec le Mexique, qui semblait avoir jusqu’à ce jour le monopole du précieux aromate ; elle s’y est placée d’abord au prix énorme de 250 fr. le kilogramme, et y trouve encore celui de 160 fr., largement rémunérateur. Encouragés par de beaux bénéfices, les colons ont partout mis en terre des boutures de cette liane, qui s’enlace aux arbres, grimpe sur les treillages, s’allonge en espaliers, accroche ses vrilles aux murs et aux rochers, embellissant les jardins et les vergers par la fraîcheur de ses feuilles, par le suave parfum de ses grappes de fleurs et de gousses. Les soins délicats qu’exige une fécondation que la nature semble refuser d’accomplir seule éveillent la vigilance du noir et du créole sans les fatiguer. Les engrais et les irrigations donnés au vanillier profitent aux arbres fruitiers, tuteurs de la plante