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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/807

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situé, comme il convenait, dans le voisinage des grands théâtres : il ne compte pas plus de cent quatre-vingt-dix-sept membres, auteurs, acteurs ou peintres de décors.

En dehors des clubs professionnels, mais encore marqué d’un certain cachet d’unité, se distingue le Travellers’ Club house. On n’y admet que des étrangers et des voyageurs. Parmi les étrangers de distinction, on se souvient d’y avoir vu le prince de Talleyrand durant son séjour à Londres. C’est là qu’il venait presque tous les soirs faire sa petite partie de whist ou d’écarté. Aux yeux des Anglais, le célèbre diplomate était un joueur médiocre ; mais l’imperturbabilité de son visage le rendait redoutable et lui donnait un grand avantage sur les autres whisters. L’idée d’ouvrir un club aux étrangers que recommandent des titres publics ou des lettres particulières fut mise en avant par lord Londonderry. Les Anglais ne sont éligibles de leur côté au Travellers’ Club que s’ils ont fait leurs preuves de touristes. Ils doivent avoir parcouru au moins cinq cents milles en ligne droite à partir de Londres. Il est bien entendu d’ailleurs que plus ils viennent de loin et mieux cela vaut. Les contrées qu’ils ont visitées, les aventures de voyage, les mœurs des différens peuples et les rencontres avec les botes sauvages forment entre les membres le sujet favori de la conversation [1]. Ce club se vante en outre de réunir une société très choisie : il embrasse les branches les plus élevées de l’aristocratie anglaise et la fleur des deux chambres. Pour emprunter le style local, le Travellers’ Club house se trouve borné à droite par l’Athenœum, et à gauche par le Reform Club, dans ce pays de Pall-Mall qui est la terre classique de semblables sociétés.

Ayant aussi une certaine couleur géographique, s’élève dans un coin de Hanover-square, ombragé par les arbres, l’Oriental Club house, dans lequel une autre classe de voyageurs trouve un refuge contre l’isolement, une oasis dans le désert de Londres. Je parle des gentlemen établis aux Indes et qui reviennent passer quelque temps dans la métropole pour leurs affaires ou leurs plaisirs. Au club, ils se retrouvent en pays de connaissance. Là se rendent en même temps les officiers militaires ou civils de l’ancienne compagnie des Indes. Retirés pour la plupart du service, ils reprennent en commun le fil des habitudes rompues et viennent se réchauffer au récit de leurs campagnes. Il est curieux d’observer chez les confrères de ce club les changemens que cette accablante nature des Indes exerce sur la constitution anglo-saxonne. Tous portent plus ou moins sous le pâle ciel de Londres l’empreinte de cet autre soleil qui a brisé leurs membres, ridé leur front, jauni et émacié leur visage. Durant les massacres de l’Inde, l’Oriental présentait une

  1. Le théâtre de leurs exploits de touristes est surtout la chaîne des Pyrénées.