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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/77

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provinces autrichiennes par un gouvernement central et naturellement impartial que par toutes ces autorités locales, parlant, il est vrai, la même langue et nées de la même race que leurs subordonnés, mais qui seront choisies dans les rangs d’une aristocratie sans initiative, si elles ne sont pas envahies par l’esprit révolutionnaire. Qu’on prenne la Hongrie pour exemple, celle de toutes les provinces dont l’autonomie peut se revendiquer par les motifs les plus sérieux. La Hongrie de 1860 ne ressemble plus à celle de 1848 ; il y a entre ces deux dates l’abolition des droits féodaux. Dans le mouvement hongrois actuel, la noblesse a la plus grande part : c’est véritablement de son influence qu’il s’agit ; c’est cette influence qui renaîtrait seule de la restauration de l’ancien ordre de choses. Le mécontentement populaire repose sur trois griefs : la proscription de la langue nationale, la question religieuse, la mauvaise assiette des impôts. On peut satisfaire à ces trois intérêts sans rétablir le royaume indépendant de Hongrie, et on y satisferait mieux sans le rétablir. Seulement, si le gouvernement autrichien ne veut pas, et peut-être avec raison, revenir sur l’œuvre intérieure des huit dernières années, il faut de toute nécessité qu’il la développe, qu’il la rende féconde et bienfaisante pour l’universalité de ses sujets. Des trois moyens indiqués, le troisième seul se présente donc avec un caractère d’urgence et d’évidente opportunité. Au lieu d’établir des diètes dans chacune des anciennes capitales des provinces, une véritable représentation nationale doit être convoquée à Vienne même. Ainsi le libre assentiment des peuples scellera l’union. Assurer aux intérêts locaux une représentation efficace, donner aux citoyens de l’empire autrichien une part dans la gestion de leurs intérêts, c’est répondre à la plainte de nobis sine nobis, et c’est le seul moyen d’apporter au malaise de l’empire le remède qui ne se rencontrera que dans un suprême et commun effort.

Nous savons tout ce qu’on peut objecter contre la transformation de la monarchie absolue autrichienne en état représentatif ; nous venons nous-même de signaler l’apathie des esprits, l’absence de vie intellectuelle, qui se faisaient, il y a peu de temps encore, remarquer dans la capitale de l’empire. Il n’importe. Si les peuples ne semblent pas tout à fait mûrs encore pour une large liberté politique, ils sont prêts néanmoins pour la discussion de leurs intérêts principaux. Sans entrer dans le détail de combinaisons qui varient selon le degré d’avancement des intelligences, on peut constituer à Vienne une représentation suffisante pour que la nation intervienne efficacement dans la gestion de ses finances et la discussion de ses lois. Entre les droits politiques des États-Unis et la position du sujet autrichien actuel, bien des degrés peuvent être utilement franchis ; il