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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/748

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Qui sait ? peut-être n’a-t-il échoué que parce qu’il s’est trompé, et parce qu’il a voulu faire un roman à la Balzac d’un sujet qui demandait à devenir un drame à la façon d’Angèle et de Térésa.

Je voudrais bien avoir quelque bonne nouvelle littéraire à vous annoncer ; mais vraiment nous vivons à une époque où les bonnes nouvelles littéraires n’abondent pas. Pendant que les anciens noms disparaissent ou pâlissent, peu de noms nouveaux surgissent, et lorsque par hasard quelque faible lumière apparaît, on n’est jamais bien sûr qu’elle ne sera pas éteinte avant qu’on ait eu le temps de prévenir le public et de lui dire : Voyez. Que d’étoiles filantes qui ne font que traverser le ciel ! que d’éphémères qui ne vivent pas même un jour ! Le rôle du critique ne laisse pas d’être parfois embarrassant à notre époque ; s’il ne parle pas des œuvres nouvelles à l’instant même où elles paraissent, il risque fort de n’en parler jamais. Un retard de quinze jours, et voilà que l’occasion propice a déjà fui. Quelquefois même il arrive que l’œuvre est morte avant qu’on ait achevé de la lire, et qu’elle expire pour ainsi dire entre vos bras. Lorsque vous l’avez prise, elle vous souriait ; vous détournez la tête dix minutes, et ce temps a suffi pour que le sourire se changeât en grimace rigide. La plupart de nos productions nouvelles ressemblent beaucoup à ces enfans qui ne sont pas nés viables, qu’il faut se hâter de baptiser si l’on veut qu’ils meurent chrétiens ; je ne me sens aucun goût, je l’avoue, pour ces fonctions sacerdotales d’un nouveau genre que la nécessité des temps impose à la critique. J’aimerais mieux baptiser les enfans qui me paraissent nés viables et protéger ceux qui peuvent tenter de marcher seuls. J’ai cherché parmi ces nouveau-nés s’il n’y en avait pas quelques-uns qu’on pût recommander à l’attention du public sans trop prodiguer les avertissemens et les réserves, et je n’en ai trouvé qu’un seul. Il est vrai de dire, pour ne blesser injustement personne et pour ne pas exagérer ma pensée, que j’ai borné mes recherches à cet ordre de romans en vogue qui affectionne les sujets illicites, qu’en un mot je ne suis pas sorti des domaines de la littérature scabreuse, Ce nouveau-né, qui a été le demi-succès de cet hiver, porte un nom féminin : Louise, et a pour père un écrivain inconnu jusqu’à ce jour, M. Edouard Gourdon. La donnée du livre n’est pas d’une moralité irréprochable, mais elle n’est pas dangereuse ; à tout prendre, elle est au nombre de celles qu’ont affectionnées les romanciers de tous les temps, et elle me semble presque chaste par comparaison. L’histoire est celle d’un amour illégitime qui commence au printemps, dure tout un été et se termine en automne. N’y cherchez ni les grandes péripéties, ni les catastrophes de la passion, car ce livre (et c’est là son originalité en même temps que son danger) est moins un roman que la description complaisante d’une possession racontée par