Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/719

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


un peu au-dessous de l’axe du tube, et la résultante de toutes les pressions qui la mettent en marche, passant au-dessus de ce centre, imprime un mouvement de rotation qui dépense en pure perte une partie de la force motrice. De plus, la balle, ayant un libre jeu dans le fusil, n’y prend pas une direction rectiligne, mais fait une suite de ricochets qui peuvent la déformer et lui font éprouver des résistances irrégulières. Admettons cependant qu’elle sorte exactement dans la direction de l’axe, elle sera soumise dès le premier moment à deux forces qui l’empêcheront de se mouvoir en ligne droite : la pesanteur d’abord, qui, l’attirant sans cesse vers le sol, infléchit la trajectoire [1] et lui fait prendre la forme de la courbe que l’on appelle parabole ; puis la résistance que l’air oppose au mouvement de tous les corps qui le traversent. Cette résistance varie suivant la forme des mobiles et la vitesse dont ils sont animés. Les géomètres admettent d’ordinaire qu’elle est proportionnelle au carré de la vitesse, c’est-à-dire qu’elle devient quadruple lorsque la vitesse double ; mais quelques faits permettent de soupçonner qu’elle pourrait bien suivre une progression plus rapide encore. Pour donner une idée de l’intensité de cette résistance, disons tout de suite qu’une balle ronde, sortant d’un fusil avec une vitesse capable d’assurer un parcours de 600 mètres par seconde, verrait cette vitesse réduite à 500 après un trajet de 35 mètres seulement. De tels chiffres prouvent l’inanité des efforts que l’on tenterait pour donner aux projectiles une très grande vitesse : il y a une impossibilité marquée par la nature elle-même et une limite qu’il est interdit à l’homme de dépasser.

L’effet combiné de la pesanteur et de la résistance de l’air aurait donc pour effet de diminuer la portée ; mais comme ces causes ne font pas sortir le projectile d’un plan vertical, il suffirait de déterminer une hausse convenable pour être assuré d’atteindre un but distant de plusieurs centaines de mètres. Il n’en est rien pourtant, car la petite déformation subie par la balle dans l’intérieur de l’arme détermine une irrégularité dans la résistance de l’air, et par suite une déviation. À cette cause d’erreur, dont l’influence est médiocre, vient s’enjoindre une autre, beaucoup plus puissante, qui dépend de la rotation de la balle sur elle-même. Il faut de toute nécessité qu’un hémisphère tourne dans le sens du mouvement de translation, et l’autre dans un sens opposé. La résistance de l’air, qui dépend de la vitesse avec laquelle il est choqué par la balle, n’est donc pas la même pour chaque moitié, et il doit en résulter une déviation qui rejette le projectile du côté où la résistance est la plus forte, c’est-à-dire dans une direction inconnue. Supposons, pour fixer les idées,

  1. La trajectoire est la ligne fictive que suit le projectile dans sa marche.