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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/705

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se fait dans des vases clos où l’on est maître d’en mieux diriger la marche, et l’on a reconnu qu’il fallait la conduire lentement en augmentant progressivement la chaleur sans jamais atteindre la température rouge. Le bois ainsi distillé donne de 25 à 35 pour 100 de son poids d’un charbon léger, roussâtre, riche en hydrogène et en autres gaz produits pendant l’opération ; il ne reste plus qu’à le conserver dans des endroits très secs, ou mieux à retarder le moins possible les transformations qui l’attendent.

Lorsque l’on approche de l’une des usines où ces matières premières sont mises en œuvre, rien ne décèle aux regards l’importance de l’établissement que l’on va visiter. Point de vastes constructions, point de ces gigantesques cheminées qui partout signalent comme des phares la présence des manufactures. Çà et là, dispersées au milieu d’une prairie, on aperçoit à peine quelques frêles baraques recouvertes d’une toiture si légère qu’elle ne paraît pas pouvoir abriter la mince clôture sur laquelle elle repose sans y être attachée. De faibles portes, où il n’entre pas un clou, ne sont retenues que par des pentures de cuivre ou même de grosse peau, car partout le fer est sévèrement proscrit ; tout est combiné pour opposer la moindre résistance possible à l’hôte dangereux de ces lieux, s’il lui plaisait de s’échapper. On n’entend pas le bruit d’une multitude affairée, la poudrerie n’emploie qu’un petit nombre d’ouvriers cheminant sans bruit avec leurs chaussons de lisières, et les tonneliers même, chargés de l’embarillage, semblent n’avoir que des maillets de cuir, tant ils s’en servent avec ménagement ; partout règnent le calme et un silence troublé seulement par le bruit d’une roue hydraulique faisant mouvoir les jeux de pilons pour frapper à coups redoublés la pâte molle et humide qui sera tout à l’heure ce bruyant engin de mort nommé la poudre à canon.

Les actes successifs de la fabrication doivent être séparés avec le plus grand soin ; c’est là une règle de prudence qui ne serait pas impunément violée, et c’est pourquoi les constructions se composent d’une multitude de petits chalets isolés. Pour le même motif aussi, les manipulations ne portent jamais que sur des quantités assez faibles, et d’autant plus petites qu’elles sont plus dangereuses. La première opération qui suit l’arrivée des matières premières est une trituration énergique, destinée à les réduire en poudre impalpable. On emploie à cet effet des tonnes qui tournent autour de leur axe, et où l’on enferme une forte proportion de billes de bronze à peine plus grosses que les billes de pierre qui servent aux jeux des écoliers. Jadis chaque corps était pulvérisé à part ; mais depuis les derniers perfectionnemens apportés à la préparation du charbon, l’inflammation spontanée sous l’influence du frottement et du choc