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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/701

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combats de la Crimée avaient donné une consécration qui semblait définitive, ont cédé récemment la prééminence à d’autres plus parfaites. À l’égard de l’artillerie, on se trouve moins instruit encore : quelques rapports propagés par la presse quotidienne et venus de l’autre côté du détroit ont bien parlé de canons d’une invention nouvelle, dont la portée et la justesse dépassent les exigences des imaginations les plus aventureuses ; mais au milieu de ces récits contradictoires il est fort difficile de découvrir ce qu’il y a d’exact, et des raisons plausibles peuvent faire douter que les améliorations apportées déjà au fusil soient applicables à des armes d’un très gros calibre, lançant des projectiles d’un genre tout différent. La question que soulèvent les nouvelles armes peut donc offrir quelque intérêt, quelque nouveauté même, à cause du soin jaloux avec lequel les gouvernemens européens, à l’envi l’un de l’autre, après avoir poursuivi le perfectionnement des armes à feu, se sont réservé, autant qu’il était en leur pouvoir, le secret de leurs découvertes. Un tel secret ne peut toutefois se soustraire longtemps aux investigations des personnes qui ont intérêt à le pénétrer ; le premier combat d’ailleurs doit l’exposer au grand jour, et c’est ce qui est arrivé lors de la guerre d’Italie. Aujourd’hui même toutes les nations européennes s’occupent de réformer l’armement de leurs troupes. Les dernières venues ont profité du labeur de celles qui les ont précédées dans cette œuvre immense, et c’est ce qui explique comment, malgré des différences de détail, presque toutes ont obtenu des résultats à peu près égaux.

Le moment semble donc opportun pour exposer la transformation radicale opérée depuis quelques années dans les armes portatives, et en cours d’exécution dans l’artillerie. Une semblable étude exige quelques développemens un peu abstraits, que l’importance d’un sujet si intéressant pour la sécurité du pays fera peut-être excuser. Qui a terre a guerre ; les peuples ne sauraient, non plus que les particuliers, se soustraire à cette loi fatale. Il faut donc quelquefois se résigner à la guerre, et le meilleur moyen d’éviter les maux qu’elle traîne à sa suite est souvent de les faire redouter à ses adversaires. Cette maxime est trop en honneur chez nos voisins pour que nous ne la pratiquions pas un peu nous-mêmes.


I. — LA POUDRE.

On peut dire que l’Europe ne possède que depuis sept siècles environ cet agent de destruction, connu de temps immémorial dans l’extrême Orient, car c’est à cette époque seulement que l’on y trouve mentionnée une composition analogue à celle dont nous nous