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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/699

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titres présentant à peu près les mêmes garanties, s’adressant au même public, et émanant de sources différentes ; il n’y en a qu’un, émis par l’état, et qui a pour garantie à la fois la richesse publique et le revenu des compagnies. De plus, les compagnies n’ont de commission à payer à personne. Si les cours s’améliorent, elles profiteront de toute la différence, l’état sera leur caissier gratis, et quant à lui, il trouvera sa rémunération toute naturelle dans l’amélioration des cours, car, avec l’amélioration des cours, c’est le crédit qui devient plus facile, le capital qui est moins cher, et qui arrive à des industries qui en sont aujourd’hui dépourvues : c’est la prospérité publique qui augmente. Que font les compagnies de chemins de fer lorsqu’elles veulent se créer des débouchés nouveaux, introduire les matières premières dans certaines contrées qui en manquent, et qui en ont besoin ? Elles abaissent les frais de transports, et immédiatement le rayon de consommation s’étend, il arrive jusqu’à telle limite avec tel prix ; avec un centime d’abaissement par tonne et par kilomètre, il va jusqu’à telle autre, et ainsi de suite, avançant toujours à mesure que le prix diminue. Il en est de même pour le capital : moins il est cher, et plus il est accessible à un grand nombre d’industries. Par conséquent, si, grâce à la suppression de rouages embarrassans, grâce à l’unité de titre, on parvient, ce qui est probable, à donner plus d’élasticité au crédit et à en abaisser tant soit peu le taux, l’état aura obtenu le plus beau résultat qu’il puisse désirer. Nous comprenons pourtant qu’il hésite à se prononcer dès à présent pour la fusion complète de son crédit avec celui des compagnies, qu’il hésite à prendre l’engagement de fournir à celles-ci directement les 2 milliards 500 millions qu’il y a encore à emprunter pour arriver à l’achèvement du réseau secondaire, sans compter ce qu’on devra faire plus tard. Il peut avoir d’ici là des besoins plus urgens que ceux de pourvoir au budget des compagnies, et se sentir gêné par les engagemens qu’il aurait pris. Pourquoi cependant n’adopterait-il pas ce système à titre d’essai, sans engagement aucun ? Il pourrait ouvrir une souscription de 500 millions qui assurerait pendant deux ans le budget des compagnies ; il verrait l’effet qu’elle produirait sur le crédit public, et, suivant que cet effet serait favorable ou non, il réglerait sa conduite ultérieure. Cet emprunt de 500 millions, destiné à des travaux utiles, dans les, circonstances actuelles, serait un gage de plus offert aux idées pacifiques, et un contraste heureux avec les prélèvemens improductifs qu’on appelle les emprunts de guerre.


VICTOR BONNET.