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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/698

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les gouvernemens en détresse, mais qu’on ne peut pas ériger en théorie. Après mille autres exemples des effets qu’il produit, on n’a qu’à considérer ce qui se passe en ce moment en Autriche et en Russie. Ces deux états n’ont plus de métaux précieux d’aucune espèce parce qu’ils ont du papier non convertissable (papier qui perd de 25 à 30 pour 100 en Autriche, de 8 à 10 pour 100 en Russie), et ils en sont réduits à l’employer pour les sommes les plus minimes (un quart de rouble et un demi-florin).

La seule chose qui soit praticable dans le troisième système, c’est la constitution d’une banque spéciale des chemins de fer sans billets au porteur, agissant avec son propre capital ou avec celui qui lui serait prêté. Il ne serait pas impossible d’organiser une telle banque, et elle pourrait se charger de faire l’omnium des obligations et d’émettre ainsi les futurs emprunts des compagnies sous la triple garantie de celles-ci, de l’état et du capital de la banque elle-même. Avec cette triple garantie, l’omnium serait parfaitement accueilli, et s’élèverait certainement au-dessus du cours actuel des obligations. Seulement la question n’est pas résolue.

La banque, pour agir comme intermédiaire responsable entre le public et les compagnies, devrait tout naturellement prélever une commission qui, comme pour les prêts faits par le crédit foncier, s’ajouterait à l’intérêt annuel à payer par les compagnies. Supposons-la au minimum de 50 cent, par 100 fr., soit 1/2 pour 100 : elle ne pourrait être moindre, puisque la banque, obligée de limiter le nombre de ses opérations pour ne pas compromettre la garantie qui résulterait de son capital, devrait trouver dans le placement des obligations la principale source de ses profits. Cette commission de 1/2 pour 100 peut absorber le bénéfice de l’élévation des cours, et les compagnies ne rien gagner du tout à la combinaison nouvelle ; il est douteux alors qu’elles l’acceptent, et qu’elles veuillent s’exposer pour rien aux risques d’une solidarité qui résulterait forcément de la création de l’omnium. D’ailleurs la création de cette banque spéciale ne remédie pas au grand inconvénient de la concurrence entre valeurs présentant à peu près les mêmes garanties et s’adressant au même public. Que l’omnium résulte de l’association de toutes les compagnies, qu’il ait lieu par l’entremise de la Banques de France, ou par celle d’une banque toute spéciale, il n’en est pas moins une concurrence à la rente, concurrence d’autant plus redoutable que le titre offrira plus d’attrait.

Ce qu’il y a de plus simple, de plus praticable à notre avis, c’est encore la substitution du crédit de l’état à celui des compagnies, c’est-à-dire l’emprunt direct par l’état pour le compte des compagnies. Ce système met fin à toute concurrence : il n’y a plus deux