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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/695

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La première objection qu’on puisse faire contre ce système de l’emprunt direct par l’état pour le compte des compagnies, c’est qu’il créerait un précédent fâcheux ; si certaines entreprises se croient le droit d’invoquer le concours de l’état toutes les fois qu’elles en auront besoin, d’autres suivront leur exemple. Aujourd’hui c’est le tour des compagnies de chemins de fer, demain ce sera celui des maîtres de forges, après-demain celui des filateurs ; etc., jusqu’à ce que l’état, venant en aide à tout le monde, absorbe et peut-être éteigne toutes les forces vives de la nation. Nous ne croyons pas cette objection très fondée. La situation des entreprises de chemins de fer n’est pas celle de toutes les entreprises ; elles agissent au lieu et place de l’état, elles font des travaux d’utilité publique que l’état aurait dû faire sans elles, comme il a fait les routes, comme il a fait les canaux, et comme il s’apprête à faire beaucoup d’autres choses d’une utilité plus contestable. Ne voyons-nous pas tous les jours le Moniteur publier des rapports où l’on propose des subventions, tantôt pour des reboisemens du sol, tantôt pour des défrichemens, tantôt pour des irrigations ? Il y a une loi qui met 100 millions, à titre de prêt de l’état, à la disposition des agriculteurs qui voudront faire du drainage. On en propose une autre pour prêter 40 millions aux industriels qui voudront renouveler leur matériel. Ce sont là, nous le croyons, des choses utiles, mais aucune ne l’est au même degré que les chemins de fer. Quand l’état assiste les compagnies de chemins de fer, si cette assistance doit avoir pour effet d’accélérer l’achèvement de notre réseau, il fait ce qu’il y a de plus fécond pour le progrès de la richesse publique. On ne peut pas en dire autant de l’intérêt des maîtres de forges, ni de celui d’aucune industrie. D’ailleurs la question n’est plus entière, l’état a déjà donné sa garantie aux compagnies, et il s’agit, nous le répétons, de tirer les meilleures conséquences de ce qui existe.

Nous serions plus touché de l’objection qui consiste à dire que ce système met de plus en plus les compagnies dans les mains de l’état. Il est évident que, s’il s’agissait de faire le premier pas dans une voie qui puisse porter atteinte à la complète indépendance des compagnies, il faudrait y regarder à deux fois, et examiner sérieusement si ce n’est pas acheter trop cher la protection de l’état que de la payer au prix de l’abandon de sa liberté ; mais le premier pas n’est plus à faire. Le jour où les compagnies ont accepté pour la première fois une garantie d’intérêt, elles ont donné au gouvernement le droit de vérifier leur comptabilité, et le jour où elles se sont laissé imposer des cahiers des charges qui soumettent leurs tarifs à l’homologation du gouvernement entendue dans le sens d’approbation, elles ont perdu la liberté absolue de leur exploitation. On l’a