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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/688

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de la compagnie du Midi, met en avant la création d’une banque spéciale des chemins de fer, à laquelle on donnerait, comme à la Banque de France, la faculté d’émettre du papier de circulation. Ce dernier changement proposé dans le mode des emprunts à faire par les compagnies de chemins de fer, en dehors des considérations de crédit qui peuvent le justifier, s’appuie aussi sur la nécessité de satisfaire à des exigences toutes matérielles. On est effrayé de la multiplicité des titres, de la responsabilité qui en résulte pour les compagnies, obligées de garder en dépôt tous les titres au porteur qu’on leur remet en vertu de la loi du 23 juin 1857, et on se demande si on trouvera bientôt des caisses assez grandes et des locaux assez vastes pour les contenir. M. Bartholony résume ainsi ces difficultés dans une note qui accompagne sa publication :


« Il existe actuellement sur la place quarante espèces d’obligations différentes, et il y a telle compagnie, la compagnie de Lyon-Méditerranée par exemple, qui, à elle seule, est obligée de faire le service de quatorze espèces de titres.

« Ce service ne consiste pas seulement à payer les semestres ; chaque nature de titres a en outre un amortissement spécial, un tirage distinct, et les caisses des compagnies sont encombrées et s’encombrent de plus en plus chaque année de roues destinées à tous ces tirages.

« La compagnie d’Orléans, pour sa part, compte déjà treize roues différentes.

« Si l’on persiste dans le système actuel, l’opération du tirage absorbera bientôt des journées entières.

« Ajoutons, pour faire comprendre d’un mot toutes les complications nouvelles que la loi du 23 juin 1857 est venue introduire dans le mécanisme administratif des compagnies, que la nécessité de tenir les titres au porteur à la disposition des personnes qui momentanément préfèrent la forme nominative oblige les compagnies à accroître incessamment le matériel de leurs caisses.

« La compagnie d’Orléans, en ce qui la concerne particulièrement, a aujourd’hui dix-sept caisses de dimensions colossales, contenant plus d’un million de titres incessamment remaniés pour conversions, mutations, transferts, etc.

« Quels risques, quelle responsabilité, quelles dépenses de personnel et de surveillance ! quelle multiplicité de soins et d’écritures !

« La Banque de France ressent le contre-coup de tous ces embarras matériels des compagnies. On sait que moyennant une légère commission elle reçoit les titres en dépôt. Sa serre de Paris (je ne parle pas des succursales) occupe plus de cinquante employés et contient à l’heure qu’il est près de treize cent mille titres. Deux fois par an, la Banque, pour toucher les semestres afférens à ces titres, est obligée de détacher les coupons ou d’envoyer à l’estampille dans les bureaux des compagnies.

« Déjà la place manque partout pour l’emmagasinement et la manutention des titres. Si on n’arrive pas à représenter la dette des compagnies autrement