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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/669

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NOUVELLE THÉORIE D’HISTOIRE NATURELLE.

suffira qu’on dise : « Voilà un livre qui montre que nous descendons des singes, » pour qu’elles le rejettent avec colère et refusent même d’y jeter les yeux ; mais la critique scientifique ne se laisse point arrêter par un semblable parti-pris : sa tâche est sans doute pénible et hérissée de difficultés quand elle doit analyser avec une rigueur scrupuleuse les rapports intimes qui rattachent dans l’homme l’esprit à la matière. A-t-elle le droit de fermer les yeux quand le médecin lui montre les mouvemens de l’âme gouvernés par les perturbations de la maladie ? Doit-elle refuser de descendre avec lui dans le sombre et effrayant dédale des phénomènes de la folie ? Doit-elle rester sourde quand le naturaliste lui démontre que les dispositions morales, le caractère, les passions dominantes, se transmettent comme la forme du corps et les traits du visage ? L’instinct populaire a de tout temps protesté contre la doctrine qui voudrait faire de l’homme un être idéal, absolument indépendant, sans lien avec le passé. Qui osera dire qu’on ne puisse à bon droit être fier d’appartenir à une famille où certaines traditions d’honneur, de courage militaire, de talent, se sont perpétuées pendant plusieurs générations ? Il y a des philosophes spiritualistes qui écrivent sur l’histoire et qui, subissant à leur insu le préjugé commun, ont des prédilections avouées pour certaines familles où le sang communiquait les grandes qualités. De profonds penseurs n’ont-ils pas été jusqu’à faire des idées elles-mêmes, et de la plus haute de toutes, de l’idée de Dieu, le patrimoine primitif et longtemps exclusif d’une certaine race ? Que nous le voulions ou non, nous sommes tous dépendans de ce corps qui nous met en communication avec le monde extérieur ; il nous enchaîne, nous humilie, nous retient à la terre. Les plus célèbres moralistes, les plus grands orateurs chrétiens ont mis la principale gloire de l’homme dans les victoires remportées sur la chair ; mais l’éloquence et la force même de leurs exhortations prouvent qu’ils n’ont pas cru ces victoires faciles. Pourquoi donc aurions-nous tant de souci de ce corps qui nous sépare de l’idéal que notre pensée peut atteindre et met une si grande distance entre nos rêves et la réalité ? Pourquoi tant nous préoccuper de ses origines ? Nous sommes comme des vases où une parcelle divine a été renfermée ; qu’importe la manière dont le vase a été façonné ? Si toute notre grandeur est dans la pensée, qu’importe si notre substance vivante a été tirée immédiatement du règne inorganique, ou médiatement du règne animal ? Ce souffle divin, dont nous sommes les simples dépositaires, sera-t-il moins sacré parce que, suivant le beau mythe biblique, il aura été communiqué à une statue d’argile, ou parce qu’il nous sera arrivé de plus en plus affranchi à travers une série d’organismes divers ?

Je ne suis pas disposé à nier d’une manière absolue l’importance