Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/661

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
657
NOUVELLE THÉORIE D’HISTOIRE NATURELLE.

les races douées de quelque caractère qui puisse leur devenir un avantage ! Toutes les autres seront obligées de disparaître, souvent sans lutte ouverte ; dépossédées, trouvant toute place prise, toute subsistance enlevée, elles finiront nécessairement par s’éteindre.

On voit ce que M. Darwin entend par la sélection naturelle. De même que la domesticité a opéré tant de variations organiques utiles à l’homme, d’autres variations utiles à des êtres divers pour la grande et complexe bataille de la vie ont pu quelquefois se produire naturellement dans le cours de plusieurs milliers de générations. « Comme l’homme peut produire et certainement a produit de grands résultats par une sélection soit méthodique, soit inconsciente, que ne peut faire la nature ! L’homme ne se préoccupe que de caractères externes et visibles ; la nature n’a pas souci des apparences, sauf en ce qu’elles peuvent entraîner d’utile. Elle agit sur tous les organes internes, sur toutes les nuances et les différences constitutionnelles, sur la machine entière de l’existence. L’homme ne fait de sélection que pour son propre bien, la nature que pour celui de l’être même sur lequel elle agit. Elle donne aux caractères qu’elle choisit un développement complet, et place les êtres dans les conditions vitales qui leur sont propices. L’homme garde dans le même pays les produits de tous les climats ; il exerce rarement la sélection des caractères de la façon la plus convenable : il donne à un pigeon au bec court et à un pigeon au bec long la même nourriture ; il expose les moutons à longue laine et à courte laine aux mêmes intempéries. Il ne permet point aux mâles de lutter entre eux pour obtenir les femelles. Il ne détruit pas impitoyablement tous les animaux inférieurs, mais il protège tous ses biens dans toutes les saisons, autant qu’il est en son pouvoir. Il commence souvent la sélection par quelque forme à demi monstrueuse, ou du moins par une modification assez frappante pour attirer son regard, ou lui être d’une évidente utilité. Dans la nature, la plus légère différence de structure ou de constitution peut faire pencher la balance en faveur d’une variété. Combien sont instables les vœux et les efforts de l’homme ! de quel court temps il dispose ! et conséquemment combien son œuvre sera pauvre, comparée à celle où la nature a accumulé son travail pendant les longues périodes géologiques ! Pouvons-nous donc nous étonner que les productions de la nature aient quelque chose de plus vrai que celles de l’homme, qu’elles soient infiniment mieux adaptées aux conditions complexes de l’existence, et qu’elles portent clairement la marque d’un art bien supérieur ? On peut dire que la sélection naturelle scrute chaque jour et chaque heure le monde, pour y reconnaître les variations les plus légères, rejetant ce qui est mauvais, conservant tout ce qui est bon pour s’en enrichir, travail-