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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/640

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dans tous les sens la Romagne et l’Ombrie. Dès janvier 1502, il était de retour à Florence, où nous le trouvons parmi les artistes désignés pour donner leur avis sur la place que devait occuper le David de Michel-Ange. Enfin, en 1504, il fut chargé de décorer l’une des parois de la grande salle du Palais-Vieux.

J’ai parlé ailleurs de cette composition de Léonard de Vinci, et je n’y veux pas longuement revenir. Ayant à représenter un trait de l’histoire de Florence, il avait choisi un épisode de la bataille d’Anghiari, gagnée par ses compatriotes contre Piccinino, qui servait alors Philippe-Marie Visconti. Sachant qu’il devait avoir Michel-Ange pour concurrent dans la décoration de cette salle, ce n’est sans doute pas sans intention qu’il prit un sujet d’action qui lui permettait de suivre son redoutable rival sur son propre terrain. On sait qu’il ne nous reste presque aucune trace du carton qu’il exécuta pour cette peinture, elle-même détruite ; la description ambiguë de Vasari, celle que Léonard fit lui-même et qu’Amoretti nous a conservée, un dessin très insuffisant de Raphaël, quelques croquis publiés dans Gerli et qui paraissent s’y rapporter, le dessin de la casa Rucellai gravé dans l’Etruria pittrice [1], enfin la gravure d’Edelinck, faite d’après un dessin de Rubens, qui ; n’ayant pas vu le carton, n’avait pu reproduire qu’une copie plus ou moins ancienne de cette composition, tels sont les seuls renseignemens que nous possédions sur ce grand ouvrage, car je dois à peine mentionner la lithographie publiée il y a quelques années par M. Bergeret d’après un dessin que personne n’a vu, et qui donnerait une pauvre idée de l’œuvre de Léonard, ainsi que quelques autres reproductions ou gravures qui ne présentent pas plus d’authenticité.

En choisissant pour sujet un combat de cavalerie, Léonard avait trouvé le moyen d’introduire dans sa composition son animal de prédilection, qu’il avait autant étudié que la figure humaine, et dont il connaissait à fond les formes et les mouvemens. En retraçant une action qui se passe entre un petit nombre de personnages près du spectateur sur le devant du tableau, en évitant ainsi les complications de plans qu’il ne paraît pas avoir jamais bien entendues, il s’était tenu dans les conditions les plus favorables au développement de ces qualités. Il est d’ailleurs probable que, stimulé par la réputation éclatante de son jeune rival, il mit à cette composition tout le soin dont il était capable, et qu’il fit les plus grands efforts pour ne pas perdre dans l’opinion la première place, que personne n’avait songé jusqu’alors à lui contester. Cependant, quelle que soit l’insuffisance du dessin de Rubens, nous possédons certainement les lignes

  1. Etruria pittrice, pl. XXIX.