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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/59

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adressa une pétition à l’empereur pour qu’il voulût bien suspendre les effets de la patente jusqu’à la convocation d’un synode légalement élu. Les termes de cette pétition ont été presque invariablement reproduits dans toutes les assemblées tenues depuis lors, et, sans rappeler les manifestations publiques, les résolutions prises nonobstant les ordres de l’autorité supérieure, portées tout récemment avec éclat à Vienne par une députation solennelle que l’empereur n’a pas voulu admettre en sa présence, il suffira de constater que, sur plus de 3 millions de protestans, 32,000 seulement ont accepté la patente impériale. L’unanimité, on peut le dire, se refuse à admettre un acte qui remet au gouvernement la surveillance et la décision en matière religieuse et d’instruction, subordonne à son approbation le choix des dignitaires ecclésiastiques, prive enfin les protestans de droits légaux garantis, après cent années de combats, par les traités de paix de Vienne et de Lintz.

On comprend ce qu’une telle situation présente de difficultés, à une puissance allemande surtout, et combien le mécontentement des protestans hongrois ajoute d’importance à leurs griefs politiques. Les intentions du gouvernement, en promulguant la patente, étaient peut-être bonnes : de nombreux et tout récens décrets rendus en faveur des Juifs témoignent d’un progrès vers la tolérance. Les Israélites peuvent contracter mariage sans être autorisés par l’administration du cercle ; remise est faite des peines encourues jusqu’ici à ceux qui auraient consommé ou favorisé un tel délit. Dans les procès civils des catholiques, le témoignage d’un Juif ne sera plus récusé. Enfin on a levé l’interdit qui fermait aux Israélites l’accès de certaines professions industrielles, l’entrée de quelques territoires. Un décret du 21 février leur concède même le droit tant souhaité d’acquérir des immeubles, mais dans quelques provinces seulement et sauf certains droits de patronage et de police. Ce sont là de favorables symptômes et des améliorations réelles pour une catégorie de sujets privés jusqu’ici de tous les droits de citoyens. Quant aux protestans, les réserves faites en faveur des droits du pouvoir central dans la patente du 1er septembre 1859 n’étonneraient point à coup sûr de la part d’un gouvernement qui, comme celui de la France, ferait profession d’une égale tolérance pour tous les cultes. On conçoit qu’il n’en soit pas de même vis-à-vis du signataire du concordat de 1855, et si la persistance de l’empereur François-Joseph à imposer son œuvre toute récente aux cultes réformés se justifie en raison de ses intentions mêmes, l’opposition des protestans n’a que trop de raisons d’être, et doit créer plus d’un embarras. Réduite à elle seule, la question religieuse ne prendrait pas toutefois des proportions inquiétantes : tôt ou tard elle peut être