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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/583

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Pour extirper le fléau sous cette dernière forme, les Américains firent partir de la Chesapeake, le 12 février 1823, une flottille, à la tête de laquelle ils placèrent le commodore Porter. Cette flottille se composait d’une corvette de vingt-quatre canons, d’une goélette de douze, d’un navire à vapeur, de huit goélettes ne tirant pas plus de six ou sept pieds d’eau, et de cinq chaloupes légères marchant également bien à la voile et à l’aviron. Le 26 mai, les Américains avaient déjà pris cinq bateaux-pirates, mais ils avaient perdu deux de leurs navires, l’Alligator et l’Entreprise. Les Anglais, de leur côté, redoublèrent d’activité. Les pirates furent traqués de toutes parts et poursuivis jusque sur le territoire espagnol. Les Américains avaient continué d’envoyer leurs prisonniers à La Havane pour les y faire juger ; les Anglais dirigèrent les leurs sur la Jamaïque, où on les pendit sans pitié. Cette juste sévérité sembla décourager sérieusement les pirates, et pendant quelque temps les navires de commerce purent se montrer sur les côtes de Cuba sans être inquiétés. Dans un rapport soumis en 1824 au congrès américain, le commodore Porter annonça solennellement à ses compatriotes l’anéantissement de la piraterie. Le congrès rappela sa flottille et lui donna une autre destination. À peine les bâtimens américains furent-ils partis que les pirates reparurent. Les efforts si énergiques des Anglais et des Américains n’avaient donc abouti qu’à démontrer l’impuissance des croisières étrangères. Il était évident que la piraterie ne céderait qu’à une vigoureuse répression exercée avant tout sur le littoral et dans l’intérieur de Cuba. C’était diplomatiquement qu’il fallait la poursuivre. Il fallait obtenir des autorités espagnoles la nomination de commissions militaires chargées non-seulement de juger et de faire exécuter sans délai les pirates, mais aussi de procéder activement contre leurs embaucheurs et contre tous ceux qui profitaient de leurs vols.

Les actes de piraterie les plus graves n’étaient pas cependant commis par les pirates qui se tenaient sur les côtes de Cuba et de Porto-Rico ; ceux qu’on pouvait imputer aux corsaires causaient un dommage bien autrement sérieux à notre commerce. Les corsaires de la mer des Antilles s’étaient un moment couverts en 1821 du pavillon d’Artigas, chef de bande qui, à la tête d’une armée d’assassins, désolait les environs de Montevideo. Les îles danoises de Saint-Thomas et de Saint-Jean, l’île suédoise de Saint-Barthélémy, complètement dépourvues de police, leur servaient de refuge. C’est là qu’accouraient tous les gens sans aveu, les déserteurs, les négriers qui cherchaient aventure. Dès que la Colombie et l’île de Cuba eurent commencé à délivrer des lettres de marque, le pavillon d’Artigas, que les croiseurs étrangers refusaient de reconnaître et