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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/568

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les navires dès qu’on les avait construits, elle les conserva inachevés sur les cales ; elle les couvrit de toitures, laissa l’air circuler à travers les bordages et accumula ainsi les richesses que nous avons vu ses successeurs utiliser. À flot, un bâtiment devait être refondu au bout de douze ou quatorze ans, renouvelé au bout de dix-huit ou de vingt ; sur les chantiers, il pouvait survivre à des générations d’ingénieurs. Le gouvernement de juillet ne rejeta pas complètement cette salutaire pratique ; moins assuré de la paix, il voulut cependant avoir dans ses arsenaux une marine plus promptement disponible que celle dont la restauration se trouvait satisfaite. La flotte commença donc à descendre des chantiers, et peu après à sortir des arsenaux. Ce fut alors qu’on put procéder sérieusement à l’application des idées d’ordre, de discipline intérieure, d’instruction militaire, que nous avions puisées dans la fréquentation habituelle de nos anciens rivaux. Sur certains points, nous dépassâmes bientôt ceux que nous avions pris pour modèles. Notre esprit méthodique brilla en cette occasion de tout son lustre. Tout ce qui peut s’acquérir par de bonnes et sages dispositions, par un judicieux arrangement du personnel et du matériel placés sur un navire, nous l’obtînmes en très peu de temps. Nous ne restâmes inférieurs que sur les points où la méthode est insuffisante, où l’instinct du métier ne se remplace pas. L’organisation de nos escadres date de cette époque. Depuis lors, nous n’y avons rien ajouté.

Avec la fin de l’année 1851 apparut le vaisseau à vapeur, dont la construction avait été décidée sous la monarchie de juillet. Ce fut le dernier coup porté au système conservateur que la restauration avait fait prévaloir. Dans un vaisseau à vapeur, la coque en effet ne tient pas le premier rang ; elle n’est plus que le boîtier dans lequel on enferme les rouages compliqués de la montre. Il faut de toute nécessité mettre cette coque à l’eau pour monter, ajuster, essayer la machine. À l’instant, le dépérissement s’en empare, et le fonds de renouvellement de la flotte reprend de prime abord sa ruineuse importance. Coque, agrès, chaudières, menus objets d’armement, tout s’use, se détériore, exige un entretien coûteux, et finit cependant, au bout de dix-huit ou vingt ans, par disparaître. Ce n’eût été rien encore si à l’entretien et au renouvellement ne fût venu s’ajouter un genre de dépenses que la restauration ni le gouvernement de juillet n’avaient jamais connu : je veux parler des transformations. La flotte à voiles, on l’a déjà pressenti, fût devenue inutile, si on n’eût pu la transformer. Pour ne pas rebuter complètement l’ancien matériel, des navires ont été allongés par le milieu, d’autres par l’avant, presque tous par l’arrière, un certain nombre enfin par le milieu et par les deux extrémités. À l’aide de ces changemens, tout vaisseau