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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/566

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SOUVENIRS
D'UN AMIRAL

LA MARINE DE LA RESTAURATION

LES DERNIERES ANNEES DE LA VIE D'UN MARIN.



I

À mon retour de la Mer du Sud, je pus observer un spectacle nouveau pour moi, — la marine française employant à d’utiles travaux quelques années de paix qui me rappelaient combien de jours moins calmes j’avais déjà traversés. Involontairement je rapprochai dans ma pensée mes humbles destinées de celles de tous mes frères d’armes. Que de péripéties, d’épreuves, de souffrances morales pour notre pauvre marine dans l’espace de moins d’un demi-siècle ! L’intérêt de ces grands contrastes sera mon excuse, si j’interromps par quelques réflexions le cours d’un récit qui touche d’ailleurs à sa fin.

On n’a pas oublié peut-être à quelle époque et sous quels auspices a commencé ma carrière. Je quitte la France en 1791 pour aller chercher, au milieu d’archipels inconnus, les traces ou les débris de l’expédition de Lapérouse. Je laisse derrière moi une marine fortement constituée, un matériel imposant, un corps d’officiers que l’Angleterre nous envie, des matelots, des canonniers, rompus au service des escadres et à celui des navires de guerre, une flotte, en