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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/542

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DECADENCE MORALE
DU XVIIe SIECLE

LA BRINVILLIERS.



I

Il n’y avait, à la paix de Nimègue, qu’un seul roi en Europe, Louis XIV. Quoiqu’en réalité il eût cédé à la Hollande, reculé sur le point d’où la guerre avait commencé, ses conquêtes sur l’Espagne et l’empire le mettaient au plus haut. Il exerçait l’ascendant du succès, et, ce que nul souverain n’a eu à ce degré, une sorte d’autorité sur l’opinion. Le préjugé secret de ses ennemis était pour lui : ils l’enviaient et l’imitaient. Les plus libres esprits, nos réfugiés d’Angleterre, Saint-Évremond et autres, subissent l’illusion commune ; ils admirent sa grandeur. Elle éclate surtout par l’harmonie que cette monarchie, quelles que soient ses misères, présente à l’étranger, équilibrée dans Colbert et Louvois, dans la majesté de Bossuet.

La grande époque de force étincelante, celle de Pascal, de Corneille et de Molière, est close par la mort du dernier (1674). Racine s’éclipse (1676) après Phèdre, mais La Fontaine publie ses dernières fables (1679), Bossuet est debout, et semble soutenir le faix du siècle par un livre imposant, le Discours sur l’histoire universelle (1681). Sous son abri commence humblement Fénelon, qui, bientôt s’élevant, va former avec lui la belle opposition qu’on vit dans Corneille et Racine. Une noblesse générale est dans les choses, tendue sans