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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/503

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pendant le vote, se ferait-il après, et comment ? Il suffit d’indiquer ces difficultés de procédure. La dernière implique une difficulté morale plus grave à nos yeux, celle d’une scission et d’un partage de là petite et intéressante nationalité savoisienne, qui tient pourtant avant tout, quel que soit l’avenir qui lui est réservé ; à conserver son unité. Enfin au point de vue qui, à nos yeux, doit tout dominer, au point de vue de l’intérêt qui nous commande d’en finir au plus vite avec nos responsabilités italiennes et de hâter un arrangement quelconque de la péninsule, cette question de la Savoie, on nous l’accordera bien, a l’inconvénient d’ajourner, d’obscurcir, de compliquer, nous ne voulons pas dire de compromettre la solution claire, prompte et finale, s’il est permis en politique d’employer une expression si, ambitieuse, que nous avions sous la main.

Cette solution, la dépêche de M. de Cavour en fait foi, a été librement acceptée par les Italiens. C’était la plus conforme à leur dignité, la plus utile à leur sérieuse organisation en un état régulier et vivace. Pour la première fois les Italiens vont être en mesure de constituer et de défendre leur indépendance. Ils perdront peu, à notre avis ils doivent plutôt gagner à la retraite de l’armée française. S’ils ont un vrai patriotisme et un véritable esprit politique, ils vont le montrer au monde. Désormais ils pourront se passer du secours de l’étranger : derrière les cinquante mille Français qui sont restés en Italie, ils pouvaient se laisser aller à des agressions verbales contre l’Autriche et s’amuser du rêve d’attirer et de compromettre la France dans une nouvelle guerre. Cette illusion, plus dangereuse encore pour eux que pour nous, ne leur sera plus permise. Ils vont se trouver seuls en présence des vraies difficultés de leur situation, obligés de mesurer pratiquement ce qu’ils voudront à ce qu’ils pourront. Cette situation commencera pour eux avec de sérieuses garanties de sécurité extérieure. L’Autriche en effet a promis à l’Angleterre et à la France de ne troubler par aucune agression l’expérience qui va commencer en Italie. Les épreuves qu’elle vient de traverser et ses intérêts évidens sont un gage suffisant de sa sincérité. Les Italiens ne seront donc pas attaqués par l’Autriche. Nous l’avons dit mainte fois, et nous ne craindrons pas de le répéter au moment même où nous recommandons la circonspection et la patience aux Italiens, sans doute la provocation à la guerre nationale subsistera en Italie tant que l’Autriche conservera la Vénétie et pour la dominer aura besoin d’y entretenir une énorme armée ; mais si les Italiens nourrissent à bon droit l’espoir d’affranchir la péninsule tout entière, qu’ils prennent garde de faire avorter un si beau dessein et d’être replongés dans l’abîme d’humiliation nationale d’où ils sortent par des provocations intempestives, prématurées, et qui à la force matérielle de leurs adversaires ajouteraient la force morale de la légitime défense ! Que les Italiens donnent le temps aux fondations de leur nouveau royaume de se tasser ; qu’ils assimilent les provinces nouvelles qui s’agrègent au nouvel état ; qu’ils se créent une puissante armée ; qu’ils se fassent des finances. Ils auront un rude travail à opérer sur eux-mêmes tout en résistant aux entraînemens