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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/492

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de nos diverses régions. Ici la production de la viande, là celle de la force motrice en vue du travail ; ici des laines grossières, là des laines plus fines, malgré la concurrence de plus en plus redoutable de l’Australie ; ici du lait, là des fromages ou du beurre ; ailleurs des élèves, ailleurs encore l’engraissement : — presque partout domine une industrie spéciale, qui n’a rien d’arbitraire, mais qu’ont fait naître et que maintiennent les conditions particulières au milieu desquelles vivent nos cultivateurs. À toutes ces questions purement culturales combien d’autres viennent se rattacher, touchant l’alimentation publique, le système douanier, la richesse générale, en un mot tous les grands problèmes économiques du pays ! Or que comprendre et que conclure en présence de chiffres aussi secs ? Les maîtres, les professeurs sauront bien, dira-t-on, puiser là des argumens, extraire de ces tableaux des enseignemens curieux. Est-ce qu’une statistique agricole faite avec le concours de toute la France, imprimée aux frais de toute la France, ne devrait pas pouvoir servir à tous les cultivateurs français, au lieu de n’être utile qu’à quelques savans ? D’ailleurs il est d’autres sujets importans sur lesquels, faute d’explications ou de détails, les savans mêmes ne pourront trouver dans la Statistique agricole aucun renseignement. Ainsi quatorze pages sont consacrées à rendre compte des prairies et des pâturages : on y parle d’irrigation, et on a raison de le faire ; mais nulle part il n’est question de drainage. On y distingue le produit des hectares irrigués du produit des hectares non irrigués ; mais on confond sous un même chiffre les frais de récolte et autres des deux sortes de prairies. Le coût de l’irrigation est cependant un élément qui ne doit pas rester inaperçu.

Demanderai-je aussi pourquoi aucune indication n’est donnée sur la nature du sol qui domine dans chaque arrondissement, pourquoi aucune page n’est consacrée à la très importante question des engrais et des amendemens, aucune à l’étude des assolemens suivis par la majorité des cultivateurs ou par les fermiers et propriétaires auxquels sont dues les innovations les plus profitables ? Les commissions cantonales avaient cependant été interrogées sur ces intéressans détails, qui semblent plus utiles et plus instructifs que le prix moyen du gibier et du poisson. Il est également impossible d’asseoir une opinion raisonnable sur des documens qui, relatifs à notre consommation alimentaire, comptent le gibier et la volaille par pièces et les autres viandes par kilogramme. Un lapin et un chevreuil ne pèsent pas le même poids, non plus qu’un pigeon et une dinde ; aussi, lors même que les renseignemens donnés sur la quantité de poisson et de gibier que consomment nos divers arrondissemens seraient exacts, il ne serait pas encore permis, eu égard à la différence d’unités prises comme base, d’établir sur de tels tableaux la moindre comparaison, d’en tirer la moindre conséquence.

Beaucoup d’auteurs, absorbés sans doute par la multiplicité des chiffres et des élémens que nécessite un travail de statistique, ont le tort de ne point assez s’inquiéter des rapports que ces chiffres peuvent avoir déjà entre eux, ou prendre plus tard sous la plume d’un autre écrivain. Pour qu’un travail de