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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/457

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LA JEUNESSE
DE PHIDIAS



I

Sous les pieds du Jupiter d’Olympie était gravée cette inscription : « Je suis l’œuvre de Phidias, fils de Charmidès, Athénien. » Une telle précaution ne semble-t-elle pas bien inutile ? Quel artiste autant que Phidias eût pu s’en remettre à l’histoire du soin de redire à la postérité tous les détails de sa vie et toutes les productions de son talent ? Cependant l’histoire n’a que trop justifié par son silence la défiance de Phidias. Sans lui, nous eussions ignoré jusqu’au nom de son père, ce nom qu’une pieuse coutume de la Grèce associait toujours à l’immortalité du fils.

On dirait que l’antiquité, plus sage que nous et plus respectueuse, distinguait l’homme et le génie, laissant dans l’ombre toutes les faiblesses de l’un pour que l’autre brillât d’une plus pure lumière. Une biographie vraie rabaisse les plus grands artistes : on sert mieux leur gloire en ne livrant à la curiosité des siècles que leurs noms et leurs chefs-d’œuvre. Phidias en effet est devenu pour nous comme la personnification de l’art antique ; mais sa vie privée nous est presque inconnue. Il remplit le siècle de Périclès, et à peine peut-on recueillir quelques renseignemens précis sur sa vaste carrière. Tout d’abord, la date de sa naissance est incertaine ; ce n’est que par conjecture qu’on la place vers le temps de la bataille de Marathon. Pour cela, il faut admettre que les statues destinées à immortaliser cette victoire ne furent consacrées par les Athéniens que vingt ans