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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/429

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pour une ville de la côte. Presque toutes les maisons, recouvertes de feuilles de palmier, sont bâties en bois et en pisé ; aussi est-on obligé de les réparer très souvent, et les murailles, exposées à la violence des pluies, sont complètement percées dans l’espace de quelques saisons. Les seuls édifices en pierre sont la douane, la grange qui sert de palais au corps législatif de la province, deux ou trois maisons particulières, et l’église, assez vaste monument auquel on a travaillé pendant quarante ans ; elle est surmontée d’un phare érigé en 1856, le premier qui ait été élevé aux frais d’une ville néo’grenadine. Un seul des trois forts qui défendaient Rio-Hacha au temps des Espagnols subsiste encore, les flots ont depuis longtemps sapé les deux autres, dont les fondemens sont devenus de petits récifs couverts de polypiers. Les tremblemens de terre, si fréquens et parfois si terribles dans d’autres parties de la Colombie, semblent n’avoir été pour rien dans cette œuvre de destruction. En revanche, une lente dépression du sol a peut-être eu lieu, car on a remarqué en plusieurs endroits des envahissemens graduels de la mer, et la rue de la Plage (calle de la Marina), jadis la plus importante de Rio-Hacha, a cessé d’exister ; elle a été emportée par les flots. Autrefois un mouvement en sens inverse a dû se produire avec une grande intensité : la plaine entière, composée d’alluvions marines et de calcaires coquilliers, a l’apparence d’une baie récemment émergée ; les récifs perdus dans l’intérieur des terres ont des contours aussi nets qu’à l’époque où les anfractuosités enraient creusées par les brisans ; les sables paraissent avoir été déposés de la veille, et les marécages laissés dans les bas-fonds sont encore salés comme au jour où une levée de galets les sépara de la mer.

La plaine de Rio-Hacha peut avoir seize lieues grenadines dans tous les sens ; elle recouvre une superficie, d’environ 6,400 kilomètres carrés, limitée à l’ouest par la Sierra-Nevada, au sud par des montagnes de porphyre appelées sierra de Treinta ou de San-Pablo, à l’est par la rivière qui a donné son nom à la ville et qui la sépare des déserts et des marécages de la péninsule goajire. Au pied des hauteurs et sur les rives des cours d’eau, cette plaine est extrêmement fertile ; mais dans la zone la plus voisine de Rio-Hacha, le manque d’eau douce et la nature sablonneuse du terrain rendent toute tentative d’agriculture extrêmement précaire, si ce n’est sur le bord du fleuve, où l’on n’ose pas s’établir à cause du redoutable voisinage des Indiens. La campagne n’est qu’un fourré d’arbres épineux et de broussailles croissant sur des dunes, le long d’anciennes plages marines, autour de marais infects. Dans les conditions actuelles de l’agriculture grenadine, il serait absurde de faire des tentatives sérieuses de colonisation aux environs de Rio-