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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/423

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LA
NOUVELLE-GRENADE
PAYSAGES DE LA NATURE TROPICALE

III.
RIO-HACHA, LES INDIENS GOAJIRES ET LA SIERRA-NEGRA



I

À Sainte-Marthe, j’avais vu la vie grenadine sous son aspect le plus paisible et le plus gracieux. À Rio-Hacha m’attendaient de tout autres spectacles. Avant-poste de la civilisation grenadine, cette ville n’est séparée des tribus sauvages que par l’embouchure d’un fleuve. Là se heurtent sans se confondre plusieurs sociétés différentes : les paresseux descendans des conquérans espagnols, les Goajires nomades, les Aruaques industrieux et craintifs, çà et là quelques Européens, groupes épars qui représentent l’élément moderne du progrès.

Avant de me faire ses adieux, le capitaine de la Margarita, qui m’avait conduit à Rio-Hacha, m’engagea vivement à choisir pour gîte le Palacio-Verde. J’étais déjà fait aux exagérations de langage ; cependant le nom ambitieux de Palais-Vert me fit supposer des balcons élégans, de longues arcades mauresques, des groupes de palmiers, des jets d’eau bruissant au milieu des fleurs. Je hâtai le pas et j’arrivai bientôt à l’endroit désigné. J’avais beau regarder, je