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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/41

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serment, auquel il refusait de joindre l’hommage féodal, fût différé dans l’intérêt de la cause commune. L’envoyé de Henri VIII ne cessa point de requérir de lui l’engagement formel que réclamait son maître. Il l’interrogea de la part de ce prince sur les forces avec lesquelles il entrerait en France, sur les intelligences qu’il y avait, sur la route qu’il y suivrait et le but qu’il se proposait d’atteindre [1]. Bourbon lui fit connaître l’état de son armée, ne consentit point à découvrir ses relations, qu’il s’était engagé à tenir secrètes, et affirma qu’il recouvrerait avant peu tout ce qui appartenait au roi Henri, à l’empereur Charles et à lui-même. Lannoy, se rendant l’interprète des intentions que Bourbon laissait enveloppées de quelque obscurité et qui n’étaient pas assez claires pour rassurer l’ambassadeur de Henri VIII, ajouta « que le duc entrerait en France pour y couronner la grâce du roi. » Quant à la direction qu’il prendrait, le connétable dit que deux chemins s’ouvraient devant lui, l’un par le Lyonnais, l’autre par la Provence. La ville de Lyon, à ce qu’il assurait, n’était fortifiée que d’un côté, et il ne lui semblait pas plus long d’y aller par la Provence que par le Dauphiné. Tout en comptant sur le duc de Savoie, avec lequel il s’était entendu, qui lui offrait des vivres et un libre passage par ses états, il préférait la voie de Provence. En cinq ou six jours, il pouvait passer les montagnes, et, longeant ensuite la mer avec son armée, que seconderait la flotte impériale, il recevrait des secours et des renforts d’Espagne, traverserait un pays fertile, couvert de villes hors d’état de lui résister et n’en ayant pas la volonté, où il ne rencontrerait que deux places fortes, le château de Monaco, dont les portes lui seraient ouvertes, et la ville de Marseille, qu’il prendrait en l’assiégeant. Si le roi François, qui dans le moment n’avait plus d’armée, en refaisait une et lui offrait la bataille, il l’accepterait, et, après l’avoir vaincu, il s’avancerait vers Lyon du côté où cette ville était sans défense. Soutenant qu’il restait quatre mois pour faire de grandes choses, il dit avec résolution et confiance : « Si le roi veut sans délai entrer en France, je permets à sa grâce de m’arracher les deux yeux si je ne suis pas maître de Paris avant la Toussaint. Paris pris, tout le royaume de France est en ma puissance [2]. » Il demandait que Henri VIII opérât immédiatement sa descente en Picardie, qu’il prit le chemin suivi l’année précédente par le duc de Suffolk sans s’inquiéter des hommes d’armes qu’il trouverait devant lui et qui seraient trop faibles pour arrêter sa marche, ou le chemin de la Normandie, moins bien défendue encore,

  1. La pièce contenant les questions au nombre de douze et les réponses du duc de Bourbon, datée de juin 1524, est au Mus. Brit. Vitollius, B. VI, f. 82.
  2. Mus. Brit. Vitellius, B. VI.