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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/388

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l’artillerie, tout serait prêt dans les derniers jours de septembre, et qu’alors le roi d’Angleterre se porterait sur Paris ou sûr Rouen, selon que le duc de Bourbon le désirerait [1]. En apportant si peu de concert et tant de lenteur dans l’exécution d’une entreprise qui exigeait de la part de tous les confédérés la promptitude et l’accord, Wolsey empêchait qu’elle ne réussît. Déjà compromise en ce moment par les retards que le vice-roi de Naples avait mis à fortifier l’armée d’invasion en la complétant, par l’imprévoyante incurie de l’empereur, qui n’avait pas envoyé en Languedoc les troupes de Catalogne, par l’inaction trop circonspecte du roi d’Angleterre, qui n’avait pas opéré sa descente en Picardie, cette entreprise, dont l’issue aurait pu être si funeste à la France, était totalement ruinée à la fin de septembre.

Après avoir voulu donner l’assaut à Marseille et ne l’avoir pu, le duc de Bourbon avait tenu conseil avec les chefs de ses troupes. Ceux-ci avaient trouvé qu’il serait peu sage et fort dangereux de rester plus longtemps devant une ville que le roi de France venait délivrer à la tête d’une puissante armée ; ils furent d’avis de lever le siège. Bourbon, dont l’orgueil entretenait l’opiniâtreté, et que la passion portait à l’audace, voulait tout au moins, en abandonnant Marseille, marcher à la rencontre du roi, lui livrer bataille, et rétablir par une victoire l’honneur de l’armée qu’il commandait et les affaires des souverains qu’il représentait ; mais il rencontra pour la bataille la même opposition que pour l’assaut. Ses capitaines dirent que le roi de France n’accepterait pas le combat et ne pourrait pas y être forcé ; qu’il aimerait mieux gagner du temps, les retenir jusqu’à l’hiver en Provence, où les vivres et l’argent leur manqueraient également, les attaquer alors et les détruire ; que leurs soldats, qui n’étaient pas entièrement payés, ne consentiraient ni à se battre ni à rester, et qu’ils commençaient à se mutiner [2]. Ils conclurent qu’il fallait non-seulement lever le siège de Marseille, mais évacuer la Provence et reprendre en toute hâte le chemin de l’Italie. Entraîné malgré lui par les résistances des capitaines et les dispositions des soldats, il se décida à la retraite. Pendant deux jours, il en fit les préparatifs avec lenteur et comme à regret. Il jeta dans la mer des amas de boulets qu’il ne pouvait pas emporter, il enterra quatre gros canons, et envoya, traînées par des chevaux, d’autres pièces à Toulon, d’où elles devaient être embarquées pour Gênes. Les petits canons de campagne furent placés sur des mulets, et le 29 septembre l’armée leva le camp en se dirigeant vers les Alpes maritimes.

François Ier s’était rapproché des impériaux pendant les derniers

  1. Même lettre du 31 août, p. 335 à 342.
  2. Lettre du 10 octobre écrite de Rome par l’évêque de Bath au cardinal Wolsey. — State Papers, t. VI, p. 355.