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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/362

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Il était tard, près de sept heures du soir ; la nuit mit fin à la poursuite. Arrivée au pied des montagnes de l’Affroün, qui a donné son nom à ce combat, l’armée victorieuse s’arrêta. Le 28, l’ennemi ayant complètement disparu par la vallée de l’Oued-Ger, le maréchal se porta par la plaine de la Mitidja au sahel des Beni-Menad. On évacua les blessés, et pendant toute la journée on ne vit que quelques cavaliers ennemis qui vinrent exécuter leur fantasia à l’arrière-garde, et parmi lesquels se trouvait l’homme au chapeau noir.

La journée du 29 avril fut mieux remplie ; elle compte parmi les plus intéressantes de la guerre d’Afrique. Vers neuf heures, on aperçut un corps de cavalerie considérable sur notre droite. Le vieux maréchal fit arrêter la colonne, et on prit des dispositions de combat. La cavalerie de France fut placée sur deux lignes. Le maréchal marchait ou semblait marcher le dos tourné à Alger, dans la direction de l’ouest. Tout à coup, au moment où les lignes venaient de se former, quatre énormes colonnes de cavalerie, Abd-el-Kader en tête, bannières déployées, défilèrent devant nous, à la distance d’un quart de lieue, au nombre de vingt mille chevaux. L’émir courait, le cap sur Alger. C’est une des marches les plus hardies et les plus savantes qu’ait jamais exécutées Abd-el-Kader. S’il eût persisté dans son mouvement, il s’abattait dans les environs d’Alger, y portait le feu et la dévastation, et accomplissait peut-être le vœu qu’il avait juré, d’aller à la fontaine de la mosquée y faire boire sa cavale noire. Cette manœuvre était digne des armées européennes. Tout le but cependant de cette marche hardie était de nous dérober un convoi de dix mille têtes de bétail, de six cents chameaux chargés de vivres, et un rassemblement énorme, une véritable smala de femmes et d’enfans. Le vieux maréchal s’y laissa prendre, et Abd-el-Kader vit sa ruse de Parthe lui réussir. Après une démonstration offensive, notre mouvement fut arrêté. Quelles furent la douleur et la rage des soldats en voyant une si belle proie leur échapper, on l’imagine sans peine. C’eût été le beau jour de la cavalerie française ; elle était animée de ce feu sacré qui présage les grands succès. Cette hésitation a été bien reprochée depuis au maréchal Valée. Bon tacticien du reste, il comprit assez vite le mouvement de l’émir, et les colonnes d’Abd-el-Kader furent énergiquement poursuivies. Notre cavalerie régulière fut par malheur négligée, comme toujours, dans cette période d’opérations, tandis que les cavaliers ennemis profitaient de l’initiative que leur laissait l’émir pour attaquer sans cesse nos colonnes. Un combat terrible s’engagea même le 1er mai, jour de la Saint-Philippe, après quelques mouvemens qui indiquaient chez notre armée l’intention de s’arrêter dans sa marche. Tous les cavaliers arabes et tous les contingens