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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/36

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Dès ce moment, la retraite ne fut plus conduite que par le comte de Saint-Paul ; elle s’opéra rapidement sans être trop inquiétée, les confédérés cherchant encore plus à pousser hors de l’Italie les débris de l’armée fugitive qu’à l’anéantir. Les Suisses se retirèrent par le val d’Aoste, et les Français rentrèrent dans leur pays par Suze et par Briançon, où ils trouvèrent, mais trop tard, les quatre cents hommes d’armes qu’amenait le duc de Longueville.

C’était pour la troisième fois que François Ier perdait le Milanais ou se trouvait impuissant à le reprendre. Bonnivet n’avait été ni plus heureux ni plus habile que Lautrec. Les dernières places que le roi tenait encore en Italie se rendirent. Bussy d’Amboise et Federico da Bozzolo capitulèrent dans Alexandrie et dans Lodi, où ils ne pouvaient plus être secourus, et le château de Crémone, qui avait résisté plus de deux ans, ouvrit ses portes. Les garnisons de ces places prirent le chemin de la France, qui allait être exposée à une invasion.


IV

Dans le moment où les deux armées française et impériale étaient à peu de distance l’une de l’autre, occupant le Milanais, la première à la droite, la seconde à la gauche du Tessin, des négociations s’étaient engagées par l’entremise de Clément VII. Le nouveau pape, à l’élection duquel l’empereur avait travaillé avec tant de confiance et le roi de Franco s’était opposé si vivement, n’avait pas tardé à montrer à Charles-Quint qu’il avait peu à espérer, et à François Ier qu’il ne devait rien craindre de lui. Il changea de sentimens en changeant de position : mais il le fit sans résolution comme sans franchise. Sa politique eût été habile, s’il avait su la rendre forte. Elle était tout à la fois d’un souverain pontife et d’un prince italien. Pape, il aurait voulu pacifier les rois chrétiens pour arrêter les Turcs, qui, s’avançant vers l’Europe orientale, envahissaient la Hongrie, et pour comprimer l’hérésie de Luther, qui se répandait sans obstacle en Allemagne. Chef territorial de l’Italie centrale, il redoutait dans la péninsule la prépondérance d’un des dangereux contendans qui se la disputaient. Il aurait désiré les y contenir tous deux sous la médiation pontificale et sous la surveillance des états italiens confédérés, et empêcher que l’entière défaite de l’un n’y établît la domination absolue de l’autre. La paix en Europe et l’équilibre