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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/349

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moment où une guerre lointaine pourrait fournir encore à la cavalerie française l’occasion de s’illustrer [1]. Quelques épisodes d’une campagne de 1840, quelques combats de Crimée, en voilà sans doute assez pour montrer les inconvéniens d’un emploi timide et vicieux de la cavalerie régulière, pour montrer aussi les grandes choses qu’en peut obtenir un chef intelligent et maître de son initiative. J’ai indiqué ailleurs les résultats fâcheux d’une organisation précipitée de bandes irrégulières [2]. C’est un défaut contraire, l’excès de réserve, qui ressortira peut-être trop souvent de ces pages écrites sous une impression qu’il fallait se résoudre à traduire sincèrement.

Un écrivain militaire plein de sens, le commandant Bonneau du Martray [3], a dit ces sages paroles : « Un seul moment de la vie d’un peuple où la cavalerie est bien employée suffit pour payer toutes les dépenses qu’elle a occasionnées pendant un temps considérable. » Ce bon emploi de la cavalerie, quelques hommes éminens nous ont appris par quels moyens on pouvait l’assurer. Le capitaine anglais Nolan par exemple a dit avec raison que si la cavalerie est déchue de sa haute réputation, elle ne peut s’en prendre qu’à cette tactique moderne qui la tient en lisière, système timide et qui devrait être inconnu à des cavaliers [4]. Dans notre guerre africaine, cette tactique, en ce qui touche la cavalerie régulière du moins, n’a que trop souvent prévalu. Que faudrait-il pour rendre à ce corps redoutable sa vie puissante d’autrefois ? Revenir aux bonnes traditions, à celles de Frédéric II et de Napoléon, c’est-à-dire rétablir les grands commandemens de cavalerie sous des officiers consommés, agissant vis-à-vis

  1. Ce sont des spahis démontés qui fournissent l’élément de la cavalerie à l’armée de Chine. Une cavalerie se remonte où l’on veut. Nos spahis partent à pied, mais ils redeviendront bien vite au besoin les excellens cavaliers que l’Afrique admire.
  2. Voyez la Revue du 15 octobre 1859.
  3. Ancien aide-de-camp du général Korte, M. le commandant du Martray a puisé à cette bonne école les plus instructives inspirations en ce qui touche l’arme de la cavalerie. On lui doit une traduction des écrits du capitaine anglais Nolan, terminée en 1854, l’année même où le brave Nolan mourait héroïquement à Balaclava.
  4. Combien ne doit-on pas regretter que le capitaine Nolan se soit placé par sa mort héroïque en contradiction avec ce qu’il avait écrit sur la cavalerie ! « Tout dépend de l’à-propos, disait le brave Nolan. Il y a plus à attendre de l’inspiration du génie que des règles. Un officier ne devrait jamais craindre d’engager sa responsabilité, ni d’agir contre des ordres toutes les fois qu’il peut éviter un revers. » L’homme qui avait sur le rôle de l’officier des idées si hautes et si larges est cependant le même qui le 25 octobre 1854, à Balaclava, portait à lord Lucan l’ordre de charger donné par lord Raglan, placé trop loin du théâtre de l’action pour la bien diriger. Le brave Nolan. insista pour la stricte exécution de l’ordre qu’il apportait ; la charge s’exécuta, et l’infortuné capitaine tomba des premiers dans ce mouvement, qui devait ajouter une page aussi funèbre que glorieuse à l’histoire de la cavalerie anglaise.